A propos de la hausse des vols violents dans la société de consommation. [ 01/26/2011 ]

[ 01/26/2011 ]

Les violences acquisitives, qui étaient en baisse entre 2002 et 2007, sont à la hausse. Elles viennent ainsi prendre le relai de la hausse des violences non acquisitives qui perd de sa vigueur.
Brice Hortefeux voir les choses par le petit bout de la lorgnette « Cette évolution est, en grande partie, due aux vols avec violence qui ont lieu dans les transports et l’explication repose, pour une grande part, sur les vols de téléphones portables et de smartphones. Ce sont, tenez-vous bien, deux tiers des vols avec violence dans les transports en commun. »
Au niveau national, sait-on quelle part de la hausse des atteintes aux personnes peut réellement être attribuée aux vols de portables ? « On n’en sait rien, déclare Christophe Soullez, le directeur de la statistique de l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP). Seule existe une étude locale menée à Paris par la préfecture. » 75 % des 991 vols violents recensés en octobre dans les transports parisiens visaient des téléphones et à laquelle se réfère le ministre. Le journal Le Point s’en est fait l’écho (voir brèves). Au niveau national que sait-on ? En 2010 la part des vols violents est d’un quart des atteintes aux personnes au total, la catégorie plus globale dans laquelle ils sont rangés : 121 000 faits constatés sur un total de 467 000. On compte 8 000 vols violents de plus en 2010 par rapport à 2009, pour 11 400 atteintes aux personnes de plus.
Bref, ce qui nous est livré par le ministère n’est pas une explication de « pourquoi il y en a plus ». C’est tout au plus une description (discutable, cf plus haut, car elle relève d’une extrapolation à partir de chiffres locaux, comme si la France était un grand Paris – sic) des segments de la délinquance qui progresse le plus.
Le fait que l’introduction de biens de consommation nouveaux stimule l’appétit pour la délinquance n’est guère nouveau et a été théorisé depuis 40 ans. En effet, la société de consommation est fondée sur le renouvellement permanent des objets afin d’attirer des nouveaux consommateurs. La publicité se charge de stimuler le désir d’en posséder. Ainsi, les disques en vinyle (les 33 tours noirs d’un large diamètre, pour ceux qui n’en ont jamais vu) ont attisé les vols dans les années soixante, comme la diffusion de l’automobile l’a fait massivement depuis la seconde guerre mondiale. Des objets attractifs, mal protégés, d’une valeur pour leur poids grandissante (ainsi la diminution de l’encombrement des TV est corrélée au nombre de vols dans les années 70, ce mouvement atteignant son sommet aujourd’hui avec la miniaturisation extrême).
L’endoprotection des biens a progressé pour les cartes de crédit, les voitures par exemple: ces objets contiennent à l’intérieur d’eux-mêmes des dispositifs techniques qui rendent leur utilisation très difficile pour le néophyte. La voiture est bardée de dispositifs anti-intrusion et anti démarrage, la carte d’un code qui empêche l’usage. Les biens ne sont pas protégés de l’extérieur (garage, coffre etc…) mais de l’intérieur d’eux-mêmes. Il a cependant fallu de longues années pour que ces dispositifs apparaissent et se généralisent. Et, ils sont toujours réversibles. Ainsi, on ne vole plus guère les cartes de crédit endoprotégées, mais on utilise leur numéro pour acheter à distance… Le vol devient escroquerie. Comment endoprotéger quelque chose qui n’est pas matériel?
Le téléphone portable n’est donc pas l’explication, mais l’illustration du fonctionnement d’un système de consommation de masse dans une société où des biens sont rendus très désirables et où la capacité mutuelle de les protéger est faible, où ces biens sont mal endoprotégés, tandis que les incitation économiques à voler augmente en raison des clivages qui séparent les jeunes défavorisés du reste de la société.
Endiguer ces vols suppose donc de renforcer l’endoprotection, de limiter l’exclusion économiques des jeunes, et surtout d’empêcher les firmes d’innover dans les prochaines années afin qu’elles n’inventent plus d’objets nomades ! Un défi.
Seabstian Roché, directeur de recherche au CNRS, institut d’études politiques, université de Grenoble

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