A quand une vraie politique nationale pour la sécurité des citoyens, la « sécurité publique »? [ 06/03/2008 ]

[ 06/03/2008 ]

La police a beaucoup focalisé l’attention du gouvernement et du public depuis maintenant plus de 20 ans. Pour autant, les réformes essentielles ne sont pas réalisées. Les grosses opérations les plus visibles touchent les organigrammes policiers ou gendarmiques, ou les deux, mais pas le fond des problèmes. A quand une vraie politique nationale pour la sécurité des citoyens, la « sécurité publique ».

La police a fait couler beaucoup d’encre. La gendarmerie aussi. Depuis les grèves de l’année 2000 jusqu’à la culture du résultat en passant par la réforme des grades et corps, les échanges de zones entre police et gendarmerie la police n’a-t-elle pas profondément évolué?
Des changements sont indéniables. Mais, ils concernent la police elle même, certains modes de fonctionnent, les carrières. Ce n’est pas négligeable pour les intéressés eux-mêmes. Cependant, les réformes les plus basiques, et donc les plus essentielles n’ont pas été réalisées car elles sont trop risquées politiquement probalement.
Que faudrait-il faire dans une police bien gérée? La première chose serait de s’assurer que la plus value de la police publique est préservée. Celle-ci ne repose pas sur la « performance policière » (que personne ne sait mesurer, pas même les cabinets d’audit à 1000 euros de l’heure), mais sur la capacité à distribuer également les ressources à chaque citoyen. Le coeur d’un système de police national réside dans sa capacité à offrir un égal service sur le territoire qu’i couvre. Or ce point n’est pas, mais alors pas du tout, réalisé. Les zones rurales sont, on le sait, plus policées si on utilise un ration dérivé du nombre d’agents pour 100 délits ou 100 habitants. Mais, ce qu’on sait moins, c’est la profonde inégalité entre les zones urbaines elles-mêmes. Pour résumer, les villes moyennes sont privilégiées, et également les quartiers aisés (au détriment des banlieues bien sûr, la ministre ayant refusé toute nouvelle implantation immobilière à leur bénéfice). Le paradoxe est donc qu’avec un système public national les pauvres sont moins bien servis. A ce compte là, ne vaut-il pas mieux privatiser? Au moins les pauvres paieraient moins cher pour un moins bon service au lieu de payer autant que les riches pour un moins bon service.
Le deuxième trait fondamental d’un système bien géré, après la localisation des agents et implantations immobilières, est la gestion des personnels. La poudre aux yeux des bonus (qui sont surtout destinées aux chefs si l’on calcul un ration montant attribué/nombre d’agents du corps concerné), lesquels bons sont toujours agréables à toucher d’ailleurs, cache l’absence d’outil local ou national fiable de connaissance du service des fonctionnaires. On ne sait toujours pas combien d’heures travaillent réellement les policiers, et combien travaillent les gendarmes (les deux organisations s’affrontant sur ces points par communiqués interposés). La faible correspondance entre les périodes de travail des policiers et des délinquants reste un problème supplémentaire.
Enfin, le management de la performance policière est très mal engagé. Il est centré sur une supposé mesure de la performance, ce qu’il n’est absolument pas en réalité. Les indicateurs retenus ne permettent en aucun cas de lier les ressources affectées et l’utilisation de ces ressources en termes de performance. Et, pire, les indicateurs ne mesure pas du tout la performance policière ! Il faudrait pour le faire qu’on sache de quoi il s’agit. La performance d’un service public (la police n’est pas une entreprise) tient d’abord à la qualité des contacts avec la population, la qualité du travail réalisé et le respect des règles de droit qui garantissent au citoyen que le régime dans lequel il vit est démocratique. Cet atout important d’une police qui travaille dans les règles et pour le citoyen est tout simplement absent de la liste des indicateurs de performance. Sur des aspects aussi mineurs, on ne saurait en tenir rigueur à quiconque.
L’actualité de l’usage des armes par policiers et gendarmes nous rappellent aussi que l’investigation autonome de ces incidents ou drames n’a pas progressé. L’organisation d’un traitement systématique des doléances des citoyens dans des délais raisonnables et avec un qualité de réponse raisonnable (ce second point étant ignoré) et une publication libre n’existe pas. Les britanniques ont mis sur pied récemment un service indépendant (après les émeutes de Brixton en 1981), montrant la voie. Il n’y a qu’à copier.
Une police qui soit localisée là où l’on a besoin d’elle, une gestion de la présence des personnels précise, une gestion de la performance digne de ce nom (intégrant en premier lieu la qualité du service à la population et le respect des règles), voilà de quoi occuper tout ministre de l’intérieur. Pour le bénéfice de tous.

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