AFP-policiers et population des quartiers sensibles. [ 08/07/2010 ]

[ 08/07/2010 ]

GRENOBLE, 17 juil 2010 (AFP) – Sébastian Roché, sociologue au CNRS, enseignant à l’IEP de Grenoble et auteur de « La délinquance des jeunes » et de « Police de proximité » (Seuil), voit dans les violents affrontements à Grenoble le signe d’un « gouffre » entre policiers et population des quartiers sensibles.

Q: Comment expliquer cette flambée de violence à la Villeneuve, dans la banlieue de Grenoble, la nuit dernière, après que la police a abattu un jeune du quartier ayant braqué un casino?
R: « C’est quelque chose qui est devenu endémique. Il y a un gouffre entre la police et la population, notamment celle d’origine immigrée vivant dans les quartiers défavorisés. Et la violence comme celle de la nuit dernière se greffe sur ce rejet mutuel. Tout cela se passe sur fond de rencontres quotidiennes hostiles entre la police et la population, frustrée par exemple par les contrôles d’identité. C’est un phénomène que l’on constate dans tous les pays développés, pas seulement en France ».

Q: Pourquoi s’est répandue dans le quartier la rumeur selon laquelle le jeune braqueur avait été abattu sans légitime défense, alors même qu’il était armé et tirait sur la police?
R: « La rumeur est un phénomène classique dans ce genre de situation, lié là encore à l’incompréhension mutuelle entre police et population. Le premier réflexe qu’a cette dernière est de penser que la police n’est pas juste et équitable, mais agit dans une logique de règlement de comptes. Et il y a une condamnation sans procès de la police sur cette base de défiance. Même si la police fait correctement son travail, que les secours sont envoyés, il y a toujours suspicion ».

Q: Comment les rapports police-population des quartiers sensibles peuvent-ils s’améliorer?
R: « On ne peut pas attendre des jeunes qu’ils prennent en charge collectivement l’amélioration de leur relation avec la police! C’est un public souvent déscolarisé, à la périphérie des institutions, qui ne sait pas organiser ses ressentiments, les exprimer dans un cadre syndical comme les agriculteurs ou les ouvriers. Il y a donc nécessité pour la police à regagner la confiance de la population. Personnellement, je crois aux mérites de la police de proximité, qui instaure une relation personnelle avec les habitants.
Par ailleurs, la police doit entamer une réflexion sur ce que c’est que de travailler dans des zones multiethniques et défavorisées. Il faut créer un lieu permanent de consultation de la société civile au sein du ministère de l’Intérieur, organisation très centralisée, afin que le ministère cesse de travailler à l’aveugle ».

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