Agressions, homicides: la violence des adolescents questionne l’efficacité des politiques de sécurité [ 01/10/2010 ]

[ 01/10/2010 ]

Le travail de politique symbolique qui est réalisé n’est pas inutile (marche silencieuse, minute de silence, déplacement de ministres sur place etc….), mais n’est pas de nature a résoudre les difficultés.

Un différend serait à l’origine de la mort d’Hakim Haddi, 18 ans, tué de trois coups de couteau par un camarade d’école vendredi 8 janvier au matin dans le lycée Darius-Milhaud du Kremlin-Bicêtre. Cela a relancé le débat sur la sécurité dans les écoles et la violences des adolescents. L’accent a été mis par les ministres de l’Intérieur et de l’éducation sur la dimension du conflit interpersonnel. Le ministre de l’Intérieur Brice Hortefeux, venu comme son collègue sur les lieux de l’agression, a souligné qu’il s’agissait « d’un drame individuel ». Cependant, cela ne doit pas détourner d’une analyse plus générale de ce type de faits. Autre exemple: mardi 16 décembre, un adolescent de 16 ans avait été blessé par un tir de fusil devant son lycée, à Sucy-en-Brie, dans le même département du Val-de-Marne. Le lycéen, légèrement blessé au genou, avait été hospitalisé, sans que ses jours ne soient mis en danger.
Les violences non acquisitives (pas de vol) grandissent depuis de longues années. Le décès qui en résulte forme le sommet de cet iceberg. Le fait de prendre comme indicateur de sécurité le nombre total de crimes et délits conduit les politiques de sécurité dans la mauvaise direction car ils dissimulent les faits les plus préoccupants: drogues, émeutes et coups et blessures volontaires par exemples. Le pilotage des forces de sécurité avec de tels indicateurs de performances touche ses limites: les chiffres globaux sont des abstractions ou des soupes au goût impossible (une additions de choux, carrotes, melons et asperges).
La sécurisation des établissements par « sanctuarisation », qui revient à chaque fois sur le devant de la scène, n’est guère praticable. C’est le modèle des aéroports. Il est nécessaire d’arriver une à deux heures à l’avance pour monter dans les avions « à risque », de passer plusieurs filtrages et cabines de détections dont le coût est payé par le passager. Empêcher les armes d’entrer dans les écoles est une bonne chose. Mais, intaller de tels dispositifs à l’échelle des milliers d’établissements ou même des dizaines d’établissements serait très coûteux pour les parents et n’empêcherait pas les drames juste devant les portes et portiques de sécurité des établissements.
L’autre dogme selon lequel le taux d’élucidation est la pierre angulaire d’une bonne politique de sécurité doit aussi être questionné à la lumière de ces faits graves. Bien que très bien élucidés, ces coups et blessures continuent à progresser. Les homicides ne sont pas prévenus par des taux de résolution élevés. Dans le cas présent, l’auteur présumé avait été vu par de nombreux témoins lors de la rixe, puis errait en ville « des riverains avaient aperçu le jeune homme qui « déambulait dans la rue, très perturbé, et s’interrogeait sur le fait qu’il avait tué quelqu’un », a raconté le procureur de la République. Bref, ce types de fait n’est pas commis de manière dissimulée et les auteurs sont faciles à identifier. L’objectif n’est pas de bien élucider les crimes, mais de les empêcher. Ce d’autant plus qu’un taux d’élucidation élevé ne les dissuade pas. Mais, ceci suppose une autre approche de la sécurité, plus globale et non limitée à actionner la « chaîne pénale ». Les violences mortelles (ou non) sont concentrées dans les zones défavorisées. Si l’on ne construit pas une politique sur une analyse fine et mise à jour des facteurs qui alimentent ce types de violences, il y a peu de chances d’arriver à les limiter. Le travail politique symbolique qui est réalisé n’est pas inutile (marche silencieuse, minute de silence, déplacement de ministres sur place etc….), mais n’est pas non plus de nature a résoudre les difficultés. Sebastian Roché, directeur de Recherche au CNRS, Institut d’Etudes Politiques, Université de Grenoble.

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