Bandes: réorientation profonde des priorités policières? [ 04/05/2009 ]

[ 04/05/2009 ]

Sur le diagnostic d’abord. J’ai vu que la presse de gauche est très « critique » à propos de la notion de bande. Evidemment, il y a hétérogénéité des manifestations sous une même notion (bandes de quartier qui traînent et rouillent en bas des immeubles, jusqu’à la bande organisée). Cela dit, le même reproche pourrait être fait à toute autre notion, par exemple la notion de famille (ou pire de société). Avec ces notions on a exactement le même problème. Peut-on s’en passer pour autant? Pas sûr. On peut être plus spécifique, mais la bande recouvre une réalité.
C’est d’ailleurs ce que les travaux sur la délinquance juvénile ont montré depuis fort longtemps. Les « associations différentielles » comme les sociologues appellent la formation des groupes délinquants par « auto-aggrégation des membres » sont un des facteurs les plus puissamment liés aux volumes de délits commis par les adolescents. Et cela depuis qu’on mesure quantitativement le poids des différents facteurs, c’est à dire plus de 50 ans! Si l’on cherche à identifier les facteurs de risque de commettre un délit sérieux (cambriolage, agression), le fait de participer à une bande dans laquelle certain des membres sont eux-mêmes des auteurs de délits. Lorsqu’on regarde la délinquance par type d’acte, on remarque qu’un tiers des violences physiques est lié à des affrontements/rivalités de bandes, ce qui n’est pas négligeable (sur la base de diverses enquêtes quantitatives représentatives menées en France par le pôle « sécurité et cohésion » dont je m’occupe au sein du laboratoire Pacte CNRS-Institut d’Etudes Politiques de Grenoble). Et que la majorité des violence physiques sont commises à plus de deux (3 et plus), au contraire des vols (dans ce cas il faut partager le butin, donc on n’a pas intérêt à être nombreux).
Dans un travail d’analyse quantitatif pour la CNAF et le GIP « Droit et justice », qui portait sur la famille, on voit que les modèles qui expliquent le plus le comportement délinquants sont ceux qui intègrent la fréquentation de groupes de pairs délinquants (les bandes dans le vocabulaire policier ou ordinaire). Et que ce facteur « pairs délinquants » est plus important, bien plus, que le facteur familial soit dit en passant.
Il n’y a donc pas de nouveauté à parler de l’importance des bandes. Mais, cela ne veut pas dire que ce n’est pas pertinent.
Vient ensuite la question du ciblage sur les bandes et des réponses à apporter. Le président a bien besoin de crédibilité en ce moment, et l’affichage de la fermeté lui a en général bien réussi. Le fait d’annoncer une modification de la loi est utilisé comme une forme de stimulation des services, de « signal de politique publique » qui est envoyé vers les services. Surtout, le fait de se focaliser sur les bandes violentes est assez intéressant car, contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, TRES différent des objectifs quantitatifs assignés jusqu’à présent à la police. En effet, « faire baisser la délinquance » suppose pour la police d’arrêter plus de fumeurs de shit (un fait identifié sans effort, et un fait élucidé = 100% d’élucidation) ou de tomber sur des petits délinquants peu expérimentés. S’attaquer aux bandes est une toute autre affaire, qui nécessite une investigation approfondie, soit bien plus de temps et de moyens avec en contrepartie peu de visibilité statistique. A mon avis, ces prises de positions annoncent un basculement qui devait se produire tôt ou tard (les orientations vers « la baisse de la délinquance » et « de meilleurs taux d’élucidations » sont intenables à long terme car visant trop la délinquance molle).
Bref, le point faible de l’approche du président est de croire d’abord et avant tout à la vertu de la sanction pénale. Non pas qu’elle ne soit pas méritée à mes yeux. Mais, elle n’est pas efficace pour protéger la société si elle n’est pas combinée à une insertion sociale. Une personne condamnée sortira de prison à l’identique si l’on ne la « raccroche » pas à la société d’une manière ou d’une autre. C’est pourquoi on ne peut résumer la lutte contre les bandes à combler les carences de la loi. Enfin, je ne reviens pas dessus car cela a été dit par d’autres, pose un problème de garantie des libertés. CNRS, Université de Grenoble, Institut d’Etudes Politiques

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