Centralisation excessive de la police et « distance » avec la population [ 04/22/2011 ]

Sébastian Roché pointe la centralisation excessive de la police et sa « distance » avec la population (échos d’un débat du Cevipof)

Dossier de l’agence de presse AISG, Dépêche n°3088, Paris, Mardi 19 avril 2011

« Le problème de la police aujourd’hui est son absence de lien avec la société civile et sa distance avec la population. Les structures françaises posent problème car elles sont vieilles et inadaptées. Il faudrait réformer le système de façon radicale », observe le chercheur Sébastian Roché. Il s’exprimait à l’occasion d’une conférence des « lundis du Cevipof » (Centre de recherches politiques de Sciences Po) intitulée « La sécurité publique et la prévention de la délinquance, les discours et les pratiques » et organisée à Paris, lundi 18 avril 2011, devant une vingtaine de personnes.

« Le préfet et le commissaire constituent l’ossature de la police française. Ce sont des représentants de l’État au niveau local. Dans un système centralisé, c’est le centre qu’il faut changer si on veut véritablement modifier le système », poursuit-il. Regrettant que les dispositifs mis en place ne soient pas évalués de façon indépendante, le chercheur estime que le système centralisé « est dépendant de la politique du moment ».

DONNER DU POUVOIR À DES MAIRES D’AGGLOMÉRATION

Sébastian Roché plaide pour un « nouveau cadre légal » : « Il faut d’abord faire des agglomérations pour pouvoir décentraliser et ensuite donner du pouvoir au maire d’agglomération car il est possible d’avoir de maires d’agglomération ». Pour cela, il propose une étape intermédiaire, « un système hybride dans lequel travailleraient au départ le maire d’agglomération et le préfet. Il s’agirait d’une cogestion entre l’État et les collectivités territoriales », propose Sébastian Roché. « On conserve la police nationale mais les chefs seraient sous la responsabilité de la police locale. Et la formation des policiers devrait comprendre un volet ‘rendre compte à la population’. »

Pour lui, « si nous sommes encore aujourd’hui dans la société d’il y a 30 ans » en terme de sécurité publique, « c’est parce que nous avons un système centralisé ». « On ne peut pas donner au maire le pilotage de la prévention alors que la police administrative n’est pas sous son autorité », affirme-t-il. « En inventant les CLS (Contrats locaux de sécurité), on a inventé l’idée selon laquelle il y avait un pilotage. Or, on ne peut pas piloter par le bas une politique centrale », juge Sébastian Roché, tout en constatant que s’il n’y pas pas de « patron de la politique locale, il ne peut pas y avoir de politique locale ». « On pourra faire des stratégies territoriales, on va créer de nouveaux noms sans base juridique. Mais en réalité, c’est un empilement de noms. » (AISG n°2859)

[ 04/22/2011 ]

Concernant les moyens, il estime que le nombre de policiers est suffisant mais qu’il faut les répartir selon les besoins.

« PAS DE LIEN INSTITUTIONNALISÉ ENTRE LA POLICE ET LA POPULATION »

Le chercheur ajoute qu’en France, « il n’y a aucun lien institutionnalisé entre la police et la population ». Il prend ainsi l’exemple du Livre blanc sur la sécurité publique, piloté par le préfet de police, Michel Gaudin, et le criminologue Alain Bauer, dont il regrette qu’il soit « réalisé uniquement par des préfets et des commissaires » (AISG n°2207). Et de s’interroger : « Comment réfléchir à la relation entre la population et la police sans la police locale et sans la population ? » Il cite également l’exemple de l’inspection générale de la police nationale, qui est composée « principalement de policiers », ce qui « traduit la fermeture du système français par rapport à la population civile ».

Sébastian Roché regrette que le maire soit « absent de la police d’agglomération », comme l’est la population. La police d’agglomération, mis en place à Paris et sa petite couronne, à Lille et bientôt à Marseille, Lyon et Bordeaux, sont sous le contrôle du préfet, rappelle-t-il.

SÉCURITÉ ET PRÉVENTION SONT TRÈS LIÉES SELON JEAN-MARIE BOCKEL

Pour Jean-Marie Bockel, ancien secrétaire d’État à la Justice et aujourd’hui sénateur du Haut-Rhin (RDSE) chargé d’une mission sur la prévention de la délinquance (AISG n°2326), la sécurité doit s’articuler avec une politique de prévention (AISG n°1485). « La politique de sécurité et la politique de prévention, c’est la même chose. Les opposer, c’est déjà une erreur de départ », souligne-t-il. Selon lui, la politique du « tout sécuritaire » peut porter ses fruits pendant un certain temps mais qu’à long terme elle ne peut qu’échouer. « Le principal échec de la prévention, c’est quand on en fait pas. »

Dans le cadre d’une précédente mission sur la prévention de la délinquance juvénile, Jean-Marie Bockel a remis un rapport en novembre dernier à Nicolas Sarkozy (AISG n°1654). Il dit avoir voulu s’appuyer sur les bonnes pratiques. « Dans le cadre de cette mission, j’ai voulu élargir la réflexion dans trois domaines : la parentalité, l’école et l’espace public ».

Sur la question de la parentalité, il considère que « toute famille doit pouvoir être soutenue par la société pour recouvrer son autorité parentale. » . Il donne l’exemple des allocations familiales qu’il juge être « un faux débat » : « Les supprimer à certaines conditions ; établir des contrats de réussite parentale… À un moment donné, aider les gens à retrouver leur dignité, c’est aussi leur mettre la pression ».

Au sujet de l’école, il considère que tous les décrocheurs scolaires ne seront pas concernés par les risques de délinquance mais qu’une « grande partie des jeunes concernés y tomberont ». « Il y a eu une polémique lorsque dans un rapport j’ai mis qu’il fallait faire des repérages précoces. » Par ailleurs, il regrette que les éducateurs de rue et les clubs de prévention, qui dépendent des conseils généraux, ne « soient plus au contact des jeunes aujourd’hui ». À Mulhouse, ville dont il a été maire, « il a fallu que nous obtenions du conseil général qu’il nous délègue sa compétence, ce qui nous a permis de reconquérir du terrain ».

Enfin, il avoue ne pas avoir toujours pris le cadre de la loi de 2007 pour lancer des innovations dans sa ville. « C’est vrai que la loi de 2007 est insuffisamment mise en oeuvre », souligne-t-il.

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