Chiffres de la délinquance: le début de la transparence promise. [ 01/02/2013 ]

[ 01/02/2013 ]

La fin des années Sarkozy avait été marquée par l’affirmation d’un principe suivant lequel un mauvais chiffre ne mérite pas d’être publié. Le pilotage par les chiffres s’était transformé en un pilotage pour les chiffres. Ils étaient devenus plus réels que la réalité. Les préfets ou les commissaires étaient jugés sur les chiffres, peu importait la réalité sous-jacente. Il fallait afficher des bons taux d’élucidation, même si les journalistes ne comprennent pas plus ce que cela recouvre exactement que les citoyens ou même (sic) les membres des inspections auteurs de rapport sur l’efficacité de la vidéosurveillance ou d’autres rapports du même tonneau.
En matière de tensions dans les banlieues, les ministres de l’Intérieur successifs de M. Sarkozy avaient progressivement mis en place un embargo total sur les chiffres, interdisant d’abord le comptage national, puis la communication par les préfets de département et enfin toute communication. Les justifications avancées n’étaient pas vraiment du niveau du BEPC: ne plus parler du problème serait revenu à le faire diminuer ! Une recette utile, qu’on aurait pue également utiliser pour les violences domestiques, les vols de portables etc… Au fait, est-il possible de penser que la publication de chiffres modifie les comportements de jeunes descolarisés, vivant pour la plupart dans les banlieues les plus défavorisées des métropoles ? Comment ? Par quel mécanisme ? Mystère. En effet, le fait de ne pas publier les chiffres le 1er janvier a peu de chances de modifier le comportement la veille … On sait également que la presse locale, fort suivie, se régale des faits divers plus que de chiffres difficiles à comprendre. Interdire la publication relevait de la manipulation de la presse par le pouvoir politique, priver les médias de la matière première et donc limiter les articles qui pouvaient porter atteinte à l’image du grand chef pourfendeur de la délinquance une bonne fois pour toute. Ce défaut d’information avait même été validé par l’ONDRP au motif qu’on ne sait pas bien ce qu’on compte dans ces incendies. Pas faux. Mais alors il faut arrêter de publier tous les chiffres ! Et quelle analyse sans chiffre, alors précisément que ceux là sont particulièrement utiles. Les municipalités qui en ont fait la géographie fine apprennent beaucoup.
Cette absence de transparence de l’Etat UMP, pour le bien du peuple cela va sans dire, allait-il devenir la règle? Il semble bien que non. L’idée que le gouvernement doit les chiffres qui concerne le public au public, qu’il est de son devoir de partager avec les citoyens ce qu’il sait a en tous les cas été affirmé mardi 1er janvier le ministre de l’intérieur, Manuel Valls, lors d’une allocution à la place Beauvau. Le ministre à plusieurs reprise a insisté sur sa volonté « de vérité et de transparence par rapport aux dernières années », Et la promesse de transparence semble devoir être tenue. Il y a quelques années, les journalistes tentaient des recomptages avec les sources locales, pour le moment je n’ai encore rien vu de tel. Mais les chiffres sont de retour dans l’espace public. Ouf ! Car après tout, ils sont bien la propriété des citoyens, produits qu’ils sont par des administrations payées par l’impôt.
Un total de 1 193 véhicules a donc été incendié pendant la nuit de la Saint-Sylvestre en France. Selon le ministre les « derniers chiffres publiés sont ceux du 31 décembre 2009 », avec 1 147 véhicules brûlés, selon un « bilan officiel » de l’époque. Il ne semble donc pas, à première vue, que la publication détermine le niveau de tension dans les banlieues. Car c’est bien là l’intérêt des destructions du 31 décembre. Contrairement aux destructions pour masquer les traces des voleurs ou pour frauder l’assurance qui se répartissent tout au long de l’année, celles du 31 décembre ont lieu a date anniversaire et se concentrent dans les zones plus pauvres. Elles sont largement de l’auto destruction de quartier et des défis aux autorités. Elles sont donc particulièrement intéressantes à suivre et aident à mesurer l’intensité des tensions en banlieue, mélangeant difficulté socio économiques profondes et durables sur fond de délinquances diverses.
Avec 1200 destructions et 7 policiers /gendarmes légèrement blessés pendant la nuit sans d’affrontement, il ne semble pas que la situation s’aggrave. Mais, elle ne se résorbe pas non plus. Après la méthode du Karcher, on pourrait souhaiter que l’analyse du problème (impossible sans publication des chiffres, et au-delà mise en ligne des données détaillées pour que la communauté scientifique puisse s’en emparer) prenne toute sa place. Il est rare en effet de bien répondre à un phénomène dont on voit les symptômes mais dont on ignore tout des causes et des mécanismes. La transparence doit aller jusque là.

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