Chiffres des délinquances : on n’est pas sorti de l’auberge. [ 01/21/2013 ]

[ 01/21/2013 ]

L’année 2012 a été celle d’un changement politique. La promesse de chiffres honnêtes des délinquances en a été une illustration intéressante. Il est encore trop tôt pour savoir ce qui va se passer à mon humble avis, car les signaux sont trop contradictoires pour le moment.
L’ONRDP n’a pas publié les chiffres groupés de la police et de la gendarmerie. Est-ce sa fonction est de ne pas publier des chiffres ? Le motif est que l’organisme s’est rendu compte que les chiffres de la gendarmerie montraient des distorsions. Certes, mais à partir de quel niveau de distorsion l’ONDRP va-t-il décider de publier ou non les chiffres consolidés, voire dans le futur ceux de telle ou telle force de police ? Est-ce son mandat ? Quelles sont les marges d’erreur qui autorisent cela ? On peut dire qu’il y a un risque d’erreur important cette année, mais ce n’est pas un critère déterminé. S’il y avait des normes il serait possible de s’appuyer sur elles pour trancher, mais elles n’existent pas: quels sont les niveaux de distorsions acceptables ? qui les fixerait ? Bref, c’est une décision intéressante, mais discutable.
Alors, oui, pourquoi ne pas publier dans un bilan global des chiffres s’ils sont plus sincères, s’ils sont vraiment mieux enregistrés par un système plus performant ? On aurait peut-être un problème de continuité de l’enregistrement, mais une image globale meilleure. Pourquoi refuser un portrait plus précis des délinquances en France au motif qu’une des composantes se met à jour plus vite.
L’ONDRP fonde son choix sur l’idée qu’il existe une rupture qui interdit la publication groupée. Cela ne va pas de soi. Cela faisant l’organisme s’inscrit dans la logique séculaire du ministère qui commente les évolutions d’une année sur l’autre. Mais pourquoi? Ne faut-il pas s’en émanciper et au contraire publier groupé au motif que l’image est meilleure maintenant. Et se détacher ainsi du rituel du ministère?
Ce qui est le plus surprenant dans l’argument (pas d’image globale parce qu’une composante est « douteuse ») est que l’ONRDP ait pendant toutes ces années publié des chiffres globaux, alors qu’ils contenaient déjà des quantités d’erreurs considérables pour les deux forces. Le fait qu’on trouve plus de délits soudainement montre qu’il y avait quantité de cachés depuis un certain temps. Tous les « vrais faux » chiffres de Sarkozy-Guéant-Hortefeux ont été publiés, pendant toutes ces années par l’ONDRP. Mais alors pourquoi diable acceptait-on qu’ils le fussent alors qu’ils étaient plus faux que ceux qu’on ne veut pas publier ?
Et soudainement il ne faudrait plus publier de bilan consolidé. Peut-être est-ce la bonne décision, mais alors il faut évidemment retirer les séries de chiffres antérieures du site et détruire les volumes imprimés depuis. La cohérence l’exige. On s’amusera que la presse ne trouve rien à redire à tout cela.
Au delà du cas Sarkozy, la criminologie a montré que les chiffres des délinquances connus (et publiés) étaient influencés par divers facteurs, la législation, les comportements des victimes, les instructions internes aux services, les comportements des auteurs, au fait de confondre chiffres des délinquances et indicateur de performance de la police et j’en passe. On sait donc depuis maintenant 40 ans que les chiffres publiés sont « faux ». Et on les publie quant même. Faut-il s’arrêter ? En France, mais aussi dans les autres pays ?
Y a-t-il une alternative à la publication des chiffres de la police et la gendarmerie ? Pas vraiment. Au niveau local, ce sont les seuls disponibles. Or, une politique se construit localement. A quoi sert d’avoir les variations nationales des homicides pour déterminer la politique pertinente à Marseille ? A rien ! Et au niveau national ? Il existe les enquêtes sur les victimes. Stéfan Lollivier, le nouveau patron du conseil d’orientation de l’ONDRP a indiqué qu’elles permettent « d’établir des tendances plus conformes à la réalité des évolutions criminelles ». Ce n’est pas tout à fait exact. Et c’est justement faux pour les évolutions criminelles, ces enquêtes mesurant mieux les délits. Car, en effet, pour les crimes « rares » (y compris dans un échantillon de 17 000 personnes) et très violents, ces enquêtes ne renseignent pas bien, comme les universitaires britanniques l’ont déjà montré. Pour les homicides, bien sûr, mais également pour les coups et blessures graves à la fois pour des raisons de disponibilité des répondants du fait de leur invalidité, mais également du fait des profils des personnes impliquées par exemple. Les extorsions, les vols avec armes à feu sont du même tonneau. Faudrait-il les laisser tomber des bilans annuels? Comment les articuler aux chiffres de référence que pourrait devenir les enquêtes sur les victimes alors que les deux systèmes ne se recouvrent pas (ce qui permet une vérification croisée) mais « se complètent »? Bref, pour la criminalité violente dans diverses facettes importantes la bonne solution n’est pas simple.
Manuel Valls a déclaré le 18 janvier : « Je vais assumer ces chiffres » et « regarder en face la réalité de la délinquance ». Le ministre a de bonnes intentions. Mais qui peut dire avec certitude quelle est la réalité ? Pas les chiffres de la police et la gendarmerie, publiés ou non pour la France entière, et pas non plus les enquêtes sur les victimes. Qui a la recette pour les mélanger?

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