Comment expliquer de telles dérives dans la police ? [ 10/10/2012 ]

[ 10/10/2012 ]

Interview.
propos recueillis par Nathalie Birchem, quotidien La Croix, 8 octobre 2012.
SEBASTIAN ROCHE, Directeur de recherche au CNRS, enseignant à l’Ecole nationale supérieure de la police

Comment expliquer de telles dérives dans la police ?
Le ministre de l’intérieur Manuel Valls a suspendu de leurs fonctions 12 policiers marseillais, soupçonnés d’avoir d’avoir volé de l’argent et de la drogue à des dealers et prononcé la dissolution de l’équipe de jour de la BAC Nord à laquelle ils appartiennent. Pour le sociologue de la délinquance Sébastian Roché, ce type d’affaires pose question quant à l’ampleur de la corruption policière en France.
« Jusqu’ici, en France, on considérait comme isolés les cas de corruption policière. Cette affaire de la Bac de Marseille, qui intervient après l’affaire Neyret, le commissaire lyonnais suspendu suite à une affaire de corruption présumée, et à l’affaire du Carlton, où un autre commissaire, lillois, est accusé d’être impliqué dans une affaire de proxénétisme, donne des raisons de s’interroger sur l’ampleur du phénomène. Il n’y a pour l’instant pas de réponse à cette question. Mais elle doit être mieux analysée par le ministère de l’intérieur et les résultats doivent être rendus publics.
On sait qu’il existe des facteurs facilitant cette corruption, en particulier le développement de l’économie parrallèle, et notamment du trafic de drogue. Pour proliférer, ces trafics ont besoin soit de policiers complices soit de policiers qui ferment les yeux. Dans les régions du monde où les trafics sont intenses, comme en Californie du sud ou dans le Sud de l’Espagne, la corruption policière est un sujet important. Et en France, le risque est plus fort dans les grandes villes où les trafics sont intenses, comme Paris, Marseille, Lille ou Lyon qu’ailleurs.
Deuxième facteur : la corruption peut se faire à grande échelle quand la police est mal payée, comme parfois en Afrique. En France, où il y a eu une vraie politique de formation d’encadrement et de rémunération, ce n’est pas le cas. D’ailleurs, le fait que ce type d’affaires sorte prouve bien que la police des polices et les élus ne sont pas achetés par le crime organisé, comme c’est le cas en Italie. On ne peut donc pas dire que le système policier français dans son ensemble est corrompu.
Mais le nombre important d’agents impliqués dans l’affaire de Marseille, et le fait qu’il y ait parmi eux des gradés, pose question. Ca interroge sur le rôle de la chaîne hiérarchique. Et sur l’existence d’outils efficaces de détection et de signalement. Les obligations légales qu’ont les policiers de signaler des dysfonctionnements chez leurs collègues sont peut-être à revoir.
Enfin, beaucoup d’agents de terrain expliquent que l’encadrement légal du recours aux indics n’est pas en phase avec la réalité du terrain. Ca peut être aussi un facteur de pratiques parallèles. »

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