Comment se fait-il que la France soit aussi régulièrement frappée par le terrorisme ? [ 06/27/2015 ]

[ 06/27/2015 ]

Comment se fait-il que la France soit aussi régulièrement frappée par le terrorisme ? Que peuvent les services de sécurité ? L’histoire se répète. De même que Mohamed Merah était connu des services de renseignement, bien avant de commettre ses actes, et ayant même rendue des menaces publiques sur des vidéo, puis que Mehdi Nemmouche ou les frères Kouachi avaient été fichés par nos espions nationaux, on apprend aujourd’hui par procureur Paris que Yassin Salhi a fait l’objet d’une fiche « sureté de l’Etat » pour « islam radical ».
On entend le patron des renseignements demander plus de moyens et d’effectifs. C’est une antienne dans le secteur. Les problèmes ne se réduisent très probablement pas aux effectifs – ce qui ne signifie pas que les effectifs ne fassent pas partie du problème. En effet, les cibles potentielles et les moyens de les atteindre sont illimités. On peut lancer un avion sur des tours, utiliser des bombes cachées dans des véhicules, faire attaquer des journaux par un commando, plastiquer un édifice religieux, lancer un camion sur une usine chimique ou plus simplement dans une foule sur une place publique, et j’en passe. Les seuls sites sites classés Seveso sont plus de mille en France. Et si l’on ajoute les édifices religieux, les centres commerciaux, les petites écoles, les gares…. Est-ce vraiment le problème principal que de résoudre le casse tête de savoir comment tout surveiller ?
Les problèmes sont au moins de deux types. D’un côté dans la motivation des terroristes. De l’autre dans la collecte et le traitement de l’information, et la coordination.
On parle de radicalisation pour décrire le résultat d’un itinéraire. Il est probable que l’activité des groupes terroristes consiste à trouver et préparer des candidats au passage à l’action, et leur efficacité de leur force et moyens de conviction fait partie du problème. Il se pourrait aussi que la manière dont la question de l’Islam (non radical) est abordée par les institutions et les partis politiques qui cherchent à cliver la population (je ne dis pas en particulier ce gouvernement, car le Président Hollande s’en est bien gardé, en janvier ou encore aujourd’hui) contribuent à former le terreau dans lequel poussent les motivations. Il faut bien que les terroristes se nourrissent d’une haine plus diffuse, qu’ils sentent partagée, de quelque chose de plus grand qu’eux. On doit aussi avoir en mémoire que le profil des terroristes n’est pas d’un faible statut économique, au contraire, mais surtout lié au contexte politique et de réagir au sentiment de subir un affront comme l’avaient montré Alan Krueger et Jitka Maleckova fans un article du Journal of Economic Perspectives après le 11 septembre 2001. Car il est clair que les attentats ne vont pas mettre au sol l’Etat français. Le but n’est des terroristes n’est pas de prendre le pouvoir en France. Comment se fait-il que la France soit aussi concernée par les départs en Syrie, de l’aveu même du premier ministre, ou même touchée par les actes de terrorismes ? Tout ce qui peut contribuer à forger ce sentiment d’un affront pourrait y contribuer, y compris la fait que des groupes minoritaires aient le sentiment d’être relégués au bas de la société ou encore les relations quotidiennes avec les autorités publiques ou la police. Y réfléchit-on suffisamment ? La prévention du terrorisme déborde la police et l’armée, elle suppose une analyse des phénomènes sociaux. Quelle est la politique de recherche impulsée ?
De l’autre côté, évidemment la capacité à collecter une information fiable et à la traiter fait partie des difficultés. Il me semble que l’on sur estime les effets bénéfiques des réformes pour rationaliser le renseignement : en créant une grosse direction mi renseignement mi espionnage intérieur (DGSI), on a autonomisé le renseignement du reste de la police et la gendarmerie, malgré les passerelles qui ont été mises en place. Matignon dit au Monde qu’ils ont un problème avec la diversité des profils, bref qu’ils n’arrivent pas trier les centaines de signalement. Et si c’était le système du renseignement qui n’était pas organisé pour le faire ? Je laisse de côté la formation des personnels (savent-ils lire les indices, comprendre les contextes culturels et religieux qui permettent d’interpréter les comportements et déclarations ?). Les parlementaires ont déjà pointé la déconsidération avec la quelle les directions spécialisées traient la base qui effectue des remontées d’information, ce qui ne motive guère, et leur faible capacité à mobiliser les agents du terrain afin qu’ils y contribuent plus activement. Comment créer des relations de travail inter-service lorsqu’il y a une telle asymétrie ? Par ailleurs il paraît assez improbable que les compétions entre services de la nébuleuse anti terroriste aient cessé pour qui connaît la forces des identités et cultures « maison », probablement nécessaires – et c’est le paradoxe – pour qu’ils fonctionnent (PJ, RT/ DGSI, police/ gendarmerie par exemple). Surtout, le découpage essentiel entre renseignement territorial (RT) et espions (DGSI) est lui aussi asymétrique, les derniers opérant sous le sceau du secret et n’étant pas véritablement dans une logique d’échange de l’information du fait de l’architecture du système. Si l’on cherche des signaux faibles pour anticiper, peut-on y arriver efficacement avec une machine du renseignement qu’on a coupé en deux morceaux, l’une pour les petits problèmes, l’autre pour les gros, les deux ensembles n’étant pas fait pour communiquer réciproquement entre eux ?

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s