Contresens. Le taux d’élucidation n’a jamais été et ne sera jamais une mesure de la performance policière [ 05/10/2009 ]

[ 05/10/2009 ]

Insécurité. Le gouvernement a fait de la » culture du résultat » son coeur de cible. La police serait plus efficace conter la délinquance et cette efficacité serait mesurée par le taux d’élucidation d’une part et la baisse de la délinquance d’autre part.
Le problème, c’est 1/ que ce taux d’élucidation n’a jamais été et ne sera jamais
une mesure de la performance policière, 2 /que les évolutions de la délinquance ne sont pas déterminées par l’action de la police mais par celle des industriels.

Contresens. Le taux d’élucidation est le résultat d’une division entre le nombre de faits élucidés (lorsque la police estime avoir suffisamment de charges pour envoyer une personne devant le procureur de la République on dit que le délit est élucidé – la police auto détermine -sic- donc son taux d’élucidation (même si cette subjectivité ne peut être appliquée dans tous les cas), peut-être en partie en fonction de la pression de la hiérarchie) et le nombre de délits connus, essentiellement par les plaintes. Le taux d’élucidation s’accroît donc, mais comme une conséquence du fait que le nombre de délits constatés diminue, et non pas parce qu’il y a plus de faits élucidés. Ainsi à la lecture du taux on ne peut pas déduire qu’il y a plus d’activité de la police dans la réalité. (pour une définition du taux d’élucidation, voire la page de l’Insee).
Ces dernières années, c’est parce qu’il y a eu moins de délits que le taux d’élucidation ont augmenté, et non pas parce que le un taux d’élucidation a augmenté qu’il y a moins de délit.
Comment en être sûr? Il faut regarder des postes précis. On voit alors que le nombre absolu de faits élucidés baisse. Prenons les vols de voitures, un des postes les plus importants de la délinquance : l’activité ou la « production » de la police était de 20.721 faits élucidés en 2002, et il y en a 15.680 aujourd’hui. Si la police était une entreprise et qu’elle affichait de tels chiffres d’activité (-20%) et ferait donc moins avec plus de moyens quelle a progressé en efficacité ? Et, la productivité par agent a encore plus diminué.

Le nombre de délits constatés baisse c’est un fait. Pris globalement, mais il faut y regarder de plus près. Est-ce la conséquence des orientations policières spécifiquement françaises?
Impossible. Pourquoi ? On observe bien une baisse des délits constatés dans tous les pays européens, et ce quelles que soient les politiques mises en place. S’il y avait une « plus value » de la politique en France, on devrait faire mieux que les autres pays. Ce n’est pas le cas. En dépit des discours de fermeté et des lois adoptées, la France suit la même tendance que les autres pays européens. Cela revient à reconnaître une banalité pour les criminologues universitaires : la délinquance évolue essentiellement en fonction de facteurs extérieurs aux politiques policières. Le changement dans les volumes de délinquance contre les biens s’explique essentiellement par le fait que les industriels protègent mieux les produits qu’ils vendent, avec des systèmes d’alarmes, de surveillance, d’immobilisation ou de neutralisation (voitures, téléphones mobiles, cartes de crédit).
Pour le reste, les atteintes aux personnes et à la délinquance liée à la drogue, elles sont et restent le coeur du problème qui ne cesse de croître : violence physique et criminalité organisée sont de vraies menaces sur lesquelles on aimerait voir une politique et des effets mesurables. Enfin, une particularité française sont les émeutes et les attaques contre les policiers, que l’on ne retrouve pas chez nos voisins. La preuve que la situation des banlieues ne s’est en rien améliorée.

Cerise sur le gâteau. Il faut savoir que plus il y a d’infractions liées à la drogue et plus il y a de violences physiques contre les personnes, plus la police apparaît… efficace. Paradoxal ? Une infraction à la législation sur les stupéfiant constatée égale un fait élucidé. Une violence physique est plus souvent élucidée parce que la victime a vu l’auteur (au contraire du vol). Plus de drogue et plus de violence dans la délinquance font donc mécaniquement monter le taux d’élucidation. Sic. Et oui, si l’on confond le taux d’élucidation avec un taux d’efficacité policière, le pire peut apparaître comme un mieux.
Sebastian Roché, CNRS, Université de Grenoble, Institut d’Etudes Politiques

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