Corruption, erreurs, dérive managériale, partenariat défaillant, émeutes en banlieues, crime organisé : qui peut dire que le système de police n’a pas besoin d’être réformé en profondeur ? [ 10/19/2012 ]

[ 10/19/2012 ]

Corruption, erreurs, dérive managériale, partenariat défaillant, émeutes en banlieues, crime organisé : qui peut dire que le système de police n’a pas besoin d’être réformé en profondeur ?

Les derniers événements marseillais, dont la teneur exacte n’est pas connue, viennent ajouter un élément à la nécessité de réformer en profondeur le système de police français. Une fois tous les cinquante ans, ce n’est pas trop. Quelle organisme vivant pourrait se passer de faire évoluer ses structures en fonction de son environnement ?
La suspicion de corruption étendue à Marseille soulève de nouvelles questions quant au pilotage du système de police français. Car, il ne s’agit pas, sur la base des éléments dont on dispose, de l’exploitation de faiblesses personnelles des agents, mais bien d’un système dans le système qui a pu se développer. La bonne nouvelle c’est que l’inspection générale a pu y mettre son nez. La mauvaise nouvelle c’est qu’elle a du y mettre son nez. Plusieurs points apparaissent curieux : 1/ comment se fait-il qu’aucun agent non impliqué n’ait informé sa hiérarchie ? car s’il est très improbable que tous aient été impliqué, alors quelles sont les obligations de représentants de la loi qui savent que d’autres agents dévient de la course normale de leur activité ? 2/ Le système de rendre compte de l’activité « proactive » des policiers apparaît bien limité et dysfonctionnel, et enfin, 3/ Il reste mystérieux que la hiérarchie n’ait rien su – ou rien voulu savoir d’après le magazine Le point, le directeur départemental n’a pas pris les mesures nécessaires suite aux informations qui étaient en sa possession depuis 2009 (http://www.lepoint.fr/societe/exclusif-a-t-on-voulu-etouffer-l-affaire-de-la-bac-nord-de-marseille-11-10-2012-1515889_23.php). Ca fait quant même beaucoup.
Le système managérial mérite d’être observé. On attendrait maintenant, autant que de la fermeté du ministre de l’Intérieur, la transparence sur les dysfonctionnements qui ont permis à cette situation de se consolider. Cela ne peut se faire que par l’analyse systématique des incidents et des scandales. Et, comme le Parlement avait pu le faire avec l’affaire des paillottes en Corse, il est nécessaire qu’une investigation extérieure rassemble et examine les faits, et fasse des propositions de changement.
L’affaire Mehra a, elle aussi, montré l’importance des dysfonctionnements dans un autre secteur policier. Le Monde parle d’incroyable raté des services secrets (http://abonnes.lemonde.fr/societe/article/2012/10/19/merah-l-incroyable-rate-des-services-secrets_1777963_3224.html) et tout le monde se souvient du cafouillage du patron du renseignement de l’époque, Bernard Squarcini. La déclassification des notes est une bonne chose. Mais là encore, la gouvernance des services secrets pose problème. A qui la DCRI doit-elle rendre compte ? Quels sont les contrôles parlementaires nécessaires afin d’encadrer les nominations des responsables, les opérations ?
La dérive managériale dans la gestion des forces de sécurité intérieure a été dénoncée, y compris d’ailleurs par les syndicats qui l’avaient applaudie à son lancement, mais cela ne règle pas les problèmes de la construction d’une alternative. En effet, le problème n’est pas les indicateurs statistiques, mais bien les finalités de l’action policière. Une fois ces finalités affirmées, on pourra se poser la question de comment les mesurer. C’est donc la constitution d’une doctrine de police qui permet de définir des indicateurs de résultat. Or de doctrine la France n’a point. Sarkozy la considérait comme inutile, et de son point de vue il avait raison : elle aurait obligé les policiers à travailler à partir de principes d’action et non de penser d’abord à servir les orientations oh combien fluctuantes de la hiérarchie, au fil des besoins politiques de l’heure. On attend que l’actuel gouvernement réalise le besoin d’une doctrine et se donne le temps de la construire. La doctrine de police, c’est le business modèle des forces. Comment fait-on pour positionner son action, arbitrer ses priorités, former ses personnels sans cadre d’action ?
Si l’on ajoute à ces crises la tension structurelle dans les banlieues françaises (on se souviendra que le gouvernement précédent avait trouvé utile d’interdire les publications des chiffres « violences urbaines » de la fin de l’année), le débat sur les contrôles au faciès, la faiblesse du partenariat institutionnel au plan local (bloqué par le fait que le préfet, pivot de la coordination de l’Etat local ne peut être celui des politiques métropolitaines de sécurité, que seules des élus locaux peuvent réussir à intégrer les différentes facettes), les explosions de violence dans les villes l’intensification du trafic de drogue a développé l’appétit des entrepreneurs de l’économie grise, on arrive à la conclusion qu’il faut prendre la mesure du chantier.
C’est les fondamentaux du système de police qu’il faut retravailler, le cœur du système parisien qu’il faut réformer : pilotage, redevabilité, contrôle, doctrine et modes d’action. C’est là en effet que la gouvernance d’un système de police centralisé se tient. C’est là qu’il faut intervenir.

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