Délinquance: la guerre ne sera pas gagnée [ 04/18/2010 ]

[ 04/18/2010 ]

Propos hauts et en couleur ne valent pas efficacité sur le terrain. Guerre à la délinquance. Tolérance Zéro. Nettoyage. Voyoux. Et Nouvelles promesses. Et s’il fallait concevoir une politique publique de sécurité pour être efficace?

Les voyoux. Les ministres de l’intérieur ont le chic pour mettre à l’index les « sauvageons » (J-P Chevènement), les « racailles » (N. Sarkozy) ou la « bestialité des voyoux » (Hortefeux). La citation exacte étant dans ce dernier cas «Notre société n’est pas une jungle, la bestialité inouïe de ces voyous sera durement sanctionnée». Rien de franchement nouveau sous le soleil. Les ministres se succèdent, les expressions aussi. La communication politique ne vaut pas mise en oeuvre d’une politique publique.

La guerre à la délinquance. Dans un malheureux amalgame entre la police et l’armée, la guerre à la délinquance est une fois de plus déclarée en cette mi-2010. Elle avait déjà été déclarée en 2002. Et en 2004 (« Tous les pouvoirs publics doivent pouvoir se mobiliser pour cette guerre à la délinquance », J-P Raffarin, premier Ministre). Avec le succès qu’on sait puisqu’entre temps le ministre a été obligé de la déclarer encore. Il est vrai que le temps presse, l’élection présidentielle approchant. Là encore, communication politique ne vaut pas mise en oeuvre d’une politique publique.

Cela fait trente ans qu’il n’y a pas de « zones de non droit »en France. Plus récemment, on se souviendra de J-P Chevènement qui à l’issue du conseil de sécurité intérieure du 27 avril 1998, consacré au redéploiement des forces de police et de gendarmerie, des mesures de redéploiement de 3 000 policiers et gendarmes au profit de 26 départements sensibles en vue de « supprimer des zones de non droit ». En 2005, pour Nicolas Sarkozy, il s’agissait de «nettoyer » les zones de non droit et en l’occurrence la cité des 4000 de la Courneuve.
Et avant cela? Il y avait la tolérance Zéro. En 2005, le ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy prône la « tolérance zéro » en matière de violences urbaines. En avril 2010, Brice Hortefeux a annoncé un plan national de sécurisation des transports, en réponse à de premières attaques de bus dans cette ville. Il a assuré que la sécurité de ces lignes serait encore renforcée. « Dans notre pays, il n’y a pas de zone de non-droit. Les policiers ont fait leur travail. La loi et l’ordre c’est valable pour le pays et pour la cité des ‘Grands Ensembles’ « .

Les violences collectives dans la rue, les émeutes sont loin d’être taries depuis 10 ans malgré la détermination sans faille et la guerre contre tous les voyoux et la drogue. Et la tolérance zéro. Et s’il ne suffisait pas de déclarer la guerre pour la gagner? Et s’il fallait plus que la guerre de la police contre les voyoux pour garantir la sécurité?
Et s’il fallait avoir une approche partenariale des problèmes comme celui de la drogue par exemple en combinant action de la police, de soins de prévention pour espérer réduire la consommation d’un côté et le trafic d’un autre. Et s’il fallait analyser les problèmes pour y répondre? Et s’il fallait concevoir une politique publique de sécurité pour être efficace? Vaste chantier, pour le moment ignoré. Sebastian Roché, directeur de recherche au CNRS, Institut d’Etudes Politiques, Université de Grenoble.

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