Délinquance. Rien ne va plus. La délinquance n’est-elle plus sous contrôle comme le ministre l’affirme ? Et pourquoi ? L’efficacité déclinante de la police en est-elle la raison ? Des réponses aux questions que chacun se pose [ 09/03/2009 ]

[ 09/03/2009 ]

1- Brice Hortefeux a qualifié lui-même de « mauvais » les chiffres de la délinquance. Est-ce le cas ?
En fait, les hommes politiques ont l’œil rivé sur les dernières fluctuations. Il est très difficile de dire si l’aggravation des vols et de certaines violences sur un an est révélateur d’une tendance. Mais, il est certain que des formes dures de la délinquance ont progressé sur 10 ans. Je pense aux trafics de drogue, aux violences avec armes à feu contre les policiers, aux coups et blessures contre les particuliers et enfin aux violences collectives que dont les émeutes. Tout ça n’est pas très bon.

2- La lutte contre la délinquance est une des priorités gouvernementales depuis plusieurs années. Comment, dans ce cas, expliquer cette hausse globale?
Les chiffres de la délinquance étaient bien plus mauvais qu’il n’y paraissait avant l’arrivée du nouveau ministre. En fait, l’apparente baisse de la délinquance était essentiellement une baisse du nombre de vols. Et, il y a moins de vols parce que les constructeurs automobiles protègent mieux les voitures, parce que les hypermarchés et les petits commerces ont intensifié la lutte contre la démarque inconnue avec des dispositifs techniques et parce que les banques ont remplacé les chèques par les cartes de crédit (plus sûres). Finalement, le gouvernement a eu la chance de tomber au bon moment et de bénéficier des efforts des industriels et commerçants. Ce n’est pas sa politique qui a payé.

3- Cette délinquance a-t-elle évolué dans sa structure au cours des dernières années ?
La délinquance de rue est à la fois plus organisée par les bénéfices qu’elle génère, je pense ici aux trafics. Mais, elle est aussi moins organisée, je pense aux attaques de boulangerie et de supérettes par des adolescents, avec un masque, un scooter et un pistolet en plastique. La place de la violence physique ou d’usage d’armes a aussi progressé pour protéger les trafics de drogue ou se venger de la police. Il ne faudrait pas laisser de côté les violences domestiques, malheureusement oubliées par les ministres de l’Intérieur successifs.

4- Quelle est l’efficacité de la police ?
L’idée la plus fausse qui se soit diffusée en France depuis 10 ans est que la police seule est la réponse à la délinquance. La police peut contribuer à la lutte contre la délinquance dans le cadre d’une action plus globale. Les tendances lourdes de la délinquance sont déterminées par d’autres facteurs comme le nombre de jeunes dans la population, le pourcentage qui est en échec scolaire, les dysfonctionnements dans la famille, le taux de chômage, la facilité à commettre des vols, la disponibilités d’armes de guerres liée à des conflits en Europe centrale etc… Le gouvernement a beaucoup mis en avant « un taux d’élucidation » meilleur, preuve de l’efficacité de la police. Si c’était vrai il n’y a aurait pas de remontée de la délinquance. En fait, contrairement aux idées reçues, c’est la baisse du nombre des vols (du fait que les biens sont mieux protégés) qui a fait augmenter mécaniquement le taux d’élucidation et pas l’augmentation du taux d’élucidation qui a fait baisser les vols.

5- Peut-on parler d’exception française, au regard de la situation chez nos voisins ?
La France est un pays moyen en Europe par son taux de vol, d’agression ou la côte de confiance de la police. L’exception française, ce sont les émeutes, les attaques de commissariats. Depuis 30 ans maintenant le phénomène prend de l’ampleur. Et le gouvernement n’a toujours pas de définition du problème à traiter, pas de plan stratégique dans la durée. C’est bien là que le bas blesse, car la réponse ne peut que provenir d’une action déterminée et durable dans le temps.

6- La sécurité est souvent présentée comme un thème politique et électoraliste. La prise en main du dossier par le ministre de l’Intérieur fait-elle sens dans la période actuelle?
Oui, le ministre de l’Intérieur a un espace à prendre. Il a lancé le slogan « fermeté et dialogue ». C’est un bon point de départ s’il ne s’agit pas d’une petite phrase, mais d’une orientation politique. La police ne doit pas être une armée en guerre. Elle doit rester une force qui recherche la confiance de la population et à apporter un peu de protection pour ceux qui de toutes les façons en peuvent pas se l’acheter sur le marché. Forcément, c’est dans les quartiers défavorisés, les plus complexes, que le succès où l’échec se jouent.

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