Faire le point sur les facteurs et l’effet du port d’arme chez les jeunes. [ 05/31/2009 ]

[ 05/31/2009 ]

Le port d’armes chez les collégiens et lycées. En l’absence de données nationales, on pourra se reporter aux résultats certes un peu anciens issus d’enquêtes menées en 1999 et 2003 dans les métropoles de Grenoble et St Etienne (2300 et 1600 élèves enquêtés). CNRS-Institut d’Etudes Politiques de Grenoble.

Qu’y apprend-on ? D’abord, que les actes de violence physique les plus fréquents sont essentiellement de simples bagarres : 20 % des adolescents l’ont fait. Les autres agressions sont commises par 5 % des jeunes : il s’agit du fait de frapper violemment (c’est-à-dire au point que la victime ait dû recevoir des soins médicaux) quelqu’un qui ne fait pas partie de la famille. Les 5 % qui agressent au point de blesser le font avec les poings (49 %) une arme à feu (3 %), une arme blanche (22 %) ou autre chose qu’ils utilisent comme une arme (32 %). Pour le racket presque une fois sur deux l’auteur n’est pas armé (41%), et l’utilisation d’une arme à feu est exceptionnelle (3 %).
Le fait de porter une arme sur soi (au moins une fois dans la vie) est le fait de 11 % des adolescents. De quoi s’agit-il comme arme ? L’on transporte une arme blanche uniquement (81,5 %), une arme à feu (10,5 %), une autre arme (8 %). Parmi ces 11 %, 31 % d’entre eux ont sur eux plusieurs fois par semaine une arme dans la rue. Cela dit, les armes ont aussi une fonction symbolique. Pour le délinquant comme pour le policier, elle incarne l’autorité. Souvent, elles ne sont pas utilisées : les armes octroient la qualité de dur, leur possession confère un statut et du prestige. Les armes incarnent le non-conformisme. Dans notre enquête, le principal motif de détention d’une arme après la recherche de protection (72 %) est la « passion pour les armes » (18 %).
Le fait de porter une arme sur soi concerne 14 % des enfants de commerçants ou d’artisans, 13,5 % de ceux des ouvriers, 12 % des employés contre 10 % chez les cadres et intermédiaires. (40% de plus en bas de l’échelle sociale). Dans tous les milieux, on est en présence d’une petite minorité qui se déplace plusieurs jours par semaine dans les rues avec une arme : de 2 % chez les enfants des professions intermédiaires à 4,5 % des artisans ou commerçants, ce qui est une valeur maximum. Les cadres sont 3,5 %. Dans les milieux ouvriers et employés, on trouve respectivement 4 et 3,5 % de porteurs. Les raisons données pour porter ces armes varient : 84 % des ouvriers ou employés le font pour se protéger d’un agresseur éventuel contre seulement 64 % de ceux des cadres ou intermédiaires et, si l’on isole les cadres, le chiffre tombe à 61 %. La passion des armes est le second motif le plus fréquent : il est surtout valable chez les enfants de cadres ou d’intermédiaire (26,5 %), plus que chez les ouvriers ou employés (16 %). Enfin, 5 % des enfants de cadres ou intermédiaires le font pour se sentir plus forts, pour qu’on les respecte contre 6,5 % des ouvriers ou employés, et une toute petite frange reconnaît le faire pour inspirer la peur ou menacer les gens : ils sont 1 % et 3,5 %. Au total, les motifs qui tiennent à la protection de soi et à l’agression d’autrui sont plus fréquents dans la même catégorie : les enfants des ouvriers et employés. Il y a probablement de bonnes raisons à cela, une forte endogénéité sociale de la violence : agressés et agresseurs se côtoient sans doute au quotidien.
Sous la pression des plus actifs, les victimes se prémunissent, se préparent à l’agression. Cela est nommé « agressivité défensive » par les spécialistes du comportement animal comme Henri Laborit. Le processus fonctionne chez les jeunes : en se préparant à résister, on est potentiellement auteur d’une agression violente. Prenons les d’agressions physiques. Ceux ou celles qui n’ont jamais été victimes portent une arme sur eux dans la rue à 6,5 % contre 23 % pour ceux qui ont été agressés. Les filles qui ont subi une agression sexuelle sont 15 % à déclarer porter une arme, contre 3 % de celles à qui rien de tel n’est arrivé.
Le fait de porter une arme rend les comportements très semblables en dépit de l’origine sociale des jeunes. Nous avons vu comment une petite minorité porte très souvent une arme, mais aussi que, au total, 11 % d’entre eux le font de manière irrégulière ou non. Pour les actes fréquents et peu graves (petites dégradations, vols simples), le fait de porter une arme a un effet net : il multiplie le passage à l’acte. Procurant sans doute un sentiment d’invulnérabilité, il fait tomber les barrières mentales. Ces jeunes sont deux fois plus nombreux que les autres à dégrader et voler. Et, ceci est aussi vrai pour les fils de cadres que ceux des ouvriers et employés.
Pour les actes graves, l’’effet est encore plus saisissant : les enfants armés des cadres et intermédiaires sont huit fois plus nombreux que ceux qui sont sans arme à racketter, mettre le feu, voler des voitures ou cambrioler. Chez les enfants d’ouvriers et employés, on retrouve quelque chose de comparable, mais avec un coefficient multiplicateur qui n’est que de 4, si on ose dire. Au total, dans les deux groupes, on trouve un niveau comparable d’actes graves : 37,5 % en haut de l’échelle sociale, et 38 % en bas. Bref, si l’on regarde les jeunes qui portent une arme dans la rue et qu’on décrit les délits qu’ils commettent, on voit que le fait de s’armer homogénéise les comportements. Une fois armés, les jeunes se comportent de manière comparable, quelque soit leur milieu. Autrement dit, ce qui compte c’est, non pas d’être issu des milieux ouvriers ou employés par opposition à ceux qui sont cadres ou intermédiaires, mais le fait d’avoir franchi le pas et de s’armer.
À partir du moment où l’on commence à réaliser des petits vols, on est 5 fois plus souvent porteur d’une arme (21 % contre 4 % chez ceux qui n’ont pas commis ces vols).
Nous voyons enfin dans l’enquête de délinquance auto-déclarée que l’état de l’’espace physique du quartier dans lequel résident les jeunes affecte leur comportement personnel. Les chiffres sont encore plus nets pour les actes graves ou le fait de se mettre à porter une arme sur eux qui passe de 3 à 21 % lorsqu’on passe d’un quartier sans incivilités à un quartier qui les subit en nombre.

DIrecteur de recherche au CNRS Institut d’études politiques de Grenoble.
Pour en savoir plus voir « La délinquance des jeunes » Le Seuil.

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