France: le problème des voitures brûlées enfin réglé (modifié) [ 01/10/2011 ]

[ 01/10/2011 ]

(Version modifiée suite à précisions données par Alain Bauer sur la position de l’ONDRP).
Qui n’a suivi les rebondissements de cette histoire. Le ministre de l’Intérieur Brice Hortefeux a annoncé à Maisons-Alfort qu’il n’y aurait « pas » de bilan du nombre des voitures brûlées au cours de la nuit de la Saint-Sylvestre. Au moins est-il cohérente avec lui-même. Il avait déjà adopté ce principe le 14 juillet 2010 en interdisant à ses services de donner des informations sur ces délits. Il aurait été logique de supprimer pour toujours toute publication de statistiques pouvant nuire à l’image du ministère de l’intérieur et du gouvernement. Et éventuellement de criminaliser toute diffusion par la presse au nom de la sécurité nationale. Le temps ne semble pas encore être venu puisque le ministre a annoncé que le bilan des véhicules brûlés en 2010 serait donné lors du bilan annuel de la délinquance. Ouf. Il est simplement incroyable que M. Hortefeux, lors de sa visite à une unité de la Brigade des sapeurs pompiers de Paris, ait pu déclarer : « j’ai pris la décision de mettre fin au concours, au palmarès, et de ne plus communiquer sur le nombre de véhicules brûlés ». En effet, ces chiffres appartiennent aux Français qui les payent avec leurs impôts. C’est leur sécurité, celle de leurs voitures dont il s’agit. Comment informer moins pourrait-il aider à renforcer les liens entre police et population? Comment décider à la place des Français ce qu’il souhaite pourrait être un progrès du fonctionnement d’une police démocratique. Ce n’est hélas pas possible. Il est discutable que, d’après l’AFP, M. Alain Bauer, président de l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales ait recommandé une unique publication annuelle. Un des progrès enregistré depuis quelques années était la publication mensuelle des chiffres qui évitait leur révision à la veille de la nouvelle année. Et en l’espèce une publication relative à la période sensible est utile. Faute d’une grande transparence, on avait au moins fait un pas dans sa direction. Et soudain, on passe outre les principes. Et si la publication des chiffres des agressions domestiques encourageait les maris violents? On ne publie plus. Et si la publication des chiffres de la démarque inconnue encourageait le vol en supermarché? On ne publie plus. Etc. Ridicule. Et dangereux. Puisque c’est celui qui dirige la police qui décide de l’opportunité de le faire. Première leçon: la diffusion de l’information qui appartient au public ne doit pas être laissée au ministre de l’Intérieur. Elle doit être confiée à un tiers neutre et garant des libertés, ici celle d’une juste information.
Une politique qui se résume à une absence de politique, et mieux, à une annonce de tout élément qui permettrait d’évaluer cette politique est-elle une bonne politique? Comment cela se pourrait-il? C’est le paradoxe actuel d’une absence de politique de sécurité érigée au rang de politique de sécurité, et commentée par tous en tant que telle.

Réfléchissons deux secondes. Par quel mécanisme la non information changerait-elle les comportements incendiaires? En quoi le fait de ne pas publier des chiffres de voitures pourrait avoir un quelconque effet positif? Les mises à feu des véhicules se réalisent après une préparation sommaire, et il n’y a aucune raison pour que les incendiaires attendent les journaux télévisés pour se décider. Ils incendient et ils voient après . Peut-être regardent-il la TV. Et lisent-ils le journal le lendemain matin. Car c’est la presse locale qui donne le bilan le plus local, par définition. Et cette presse là ne peut pas influencer les esprits en remontant le temps, la veille de sa publication. C’est véritablement un non sens.

On avait connu l’enterrement de l’indicateurs des violences urbaines qui dérangeait (déjà – sic) le ministre de l’Intérieur en 2002, M. Sarkozy. On avait connu la non diffusion des chiffres au niveau central en 2009, qui avait conduit à une sous estimation divulguée par la presse à partir du recoupement des chiffres des préfectures. On a connue en 2010 l’interdiction de toute communication aux préfets. Je pense qu’on a presque réglé le problème des quartiers pauvres. Il n’y aura pas de chiffre des voitures brûlées à la St Sylvestre. Plus de thermomètre, plus de problème. Il ne reste l’année prochaine qu’à ne pas publier les chiffres du tout.

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