Homicides à Marseille : la politique sans politique publique de sécurité. [ 09/09/2013 ]

[ 09/09/2013 ]

La situation difficile de Marseille fait beaucoup parler. Mais fait-elle agir ? Pas vraiment. En effet, les homicides à Marseille sont principalement un problème politique important pour le gouvernement, étant donné le rang de la cité phocéenne parmi les villes françaises d’une part, et d’autre part du fait des échéances municipales.
Cela exige des réponses politiques au sens d’annonces politiques, qui se répètent et se succèdent et se ressemblent. De manière récurrente, les préfets délégués sont mis en place (sous M. Sarkozy), puis remplacés (sous M. Hollande), le tout sous les discours vigoureux des ministres de l’intérieur qui « n’acceptent pas » qu’on tue aussi fréquemment ou qui déclarent la « guerre aux trafiquants ». On imagine mal qu’un autre discours soit délivré. Cette posture morale indignée s’accompagne de la référence à un nécessaire sursaut collectif qui passe par l’allocation de moyens et une union sacrée. Et, c’est bien là, au plan de la vision d’une part et au plan de la mise en œuvre des politiques, d’autre part, que le bât blesse.
En effet, les moyens supplémentaires sont généralement mesurés en « effectifs de police ». C’était le cas avant l’élection présidentielle de 2012, c’est, naturellement, le cas après. Ainsi, M. Valls, a « a confirmé que d’ici la fin de l’année des renforts supplémentaires seront accordés » au préfet. Je serai curieux de savoir comment les policiers vont empêcher les trafiquants de s’entre tuer. Quelle liaison statistique pourrait-on imaginer entre l’augmentation de moins de 1% des effectifs (tous services confondus) ou même de 5% et la capacité de la police à prévenir les meurtres ? La police et la sévérité des peines n’est pas la réponse au problème du trafic, la réponse se trouvant plutôt du côté de la résorption de la demande. Les pays qui avaient des législations sévères pour les revendeurs, au premier rang desquels certains états américains, changent leur fusil d’épaule après de longues années de lutte coûteuse et peu fructueuse. Les effectifs des polices ne sont pas corrélés avec les courbes des délinquances, homicides compris. Comment comprendre alors l’accent mis sur les renforts dans la presse et la communication ministérielle en France ?
Les effectifs policiers ne sont pas en réalité les éléments d’une réponse à un problème (dont les causes n’ont toujours pas fait l’objet d’une étude sérieuse, mobilisant les différentes spécialités utiles) mais plutôt les éléments d’un discours politique. Les renforts sont au service de la rhétorique de la fermeté. Ils sont les moyens d’une bataille politique au sein de la majorité, et entre la majorité et l’opposition. On attendrait plutôt ou plus modestement aussi que les moyens supplémentaires soient au service d’une politique et d’une stratégie pour traiter le problème du citoyen.
Surtout, la coordination, de manière plus emphatique le « pacte national », n’a pas beaucoup de chances de voir le jour. Cela ne tient pas à la mauvaise volonté de tous les acteurs, mais aux contours du système français. Le gouvernement central parle de compétence régalienne quand cela l’arrange, et de pacte national (M. Valls), pointant la responsabilité de l’inaction de M. Gaudin, maire UMP de Marseille, quand il ne que faire. En son temps, M. Sarkozy n’avait rien fait d’autre à Grenoble après les émeutes de l’été 2010, accusant le maire PS de Grenoble d’inertie pour ne pas dire plus. En réalité, le modèle républicain supposément inoxydable ne correspond plus à la réalité de la France du XXIe siècle mais plutôt une relique mitée. Autour de la table, on ne peut pas rassembler la ville, l’agglomération, l’état local (le préfet, la police), le conseil général et la région. Il n’existe aucun mécanisme institutionnel capable de cela. Je l’ai souvent dit pour la sécurité, mes collègues pour d’autres domaines.
Que « tous se mettent autour de la table » est un autre élément de la rhétorique qui va dans le bon sens, mais n’est, hélas, pas plus une véritable politique publique avec des objectifs clairs et une stratégie pour la mettre en œuvre. La situation a Marseille va fluctuer, le nombre d’homicide changer d’une année sur l’autre. Mais, ce ne sera pas du fait d’une politique de sécurité efficace dont l’état ne sait plus être le stratège.

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