La recherche utile pour la sécurité quotidienne. [ 02/12/2012 ]

[ 02/12/2012 ]

Quoi faire face au retard français constaté par l’exemple: crimesolutions.gov

Quelles solutions à la délinquance ? Les partis politiques y vont chacun de leur couplet. La main sur le coeur. La réalité est plus triste. Aucun programme (forme de police, usage de la vidéosurveillance, troisième voie pour mettre en garde les mineurs etc…) n’a jamais été évalué rigoureusement en France. La création de l’IHESI, puis de l’INHES, puis de lINHESJ ou de l’ONZUS, de l’OND et de l’ONDRP, les rapports des inspections (qui savent inspecter mais pas évaluer) ou même de la cour des comptes (qui compile les éléments existants, scrute les dépenses mais dont la mission n’est pas d’évaluer les impacts) n’y ont rien changé. Le pays des acronymes se refuse à intégrer la connaissance de l’efficacité aux politiques. Nos gouvernements ont refusé de s’engager dans cette voie. Les services et administrations sont liées par cette posture. Dans un système centralisé, un non central bloque l’innovation. Dans les systèmes décentralisés, l’innovation arrive à se faufiler avant de se diffuser.
L’orientation des actions se fait donc les yeux voilés et sans jamais savoir, même après coup, si elles ont eu une efficacité. Les curieux pourront aller sur le site http://crimesolutions.gov pour avoir une idée des progrès considérables qui ont été réalisés depuis 30 ans ailleurs dans les pays riches.
Rendons nous sur la partie du site consacré à la police (http://crimesolutions.gov/ puis aller voir l’onglet Law enforcement). Qu’y voit-on ? Que tous les programmes sont présentés dans une format court, adapté au besoin du responsable politique, de son conseiller ou du chef de police. Tous les programmes sont listés et expliqués en quelques lignes. Les évaluations de l’impact ont lieu principalement aux USA et en GB. Mais surtout, une petite icône de couleur (dans la colonne centrale) indique lorsqu’elle est en vert que les programmes ont été montré efficace (evidence rating) en jaune s’ils sont prometteurs (c’est-à-dire que certains éléments suggèrent un effet), et en rouge si l’effet est nul.
Cette icône est « une notation par la preuve » (evidence rating). Elle garantit le fait qu’il est possible d’obtenir des effets mesurés par une organisation compétente et indépendante, suivant des méthodes scientifiques. Ici, l’inspection, le contrôle, la production du chiffre et l’évaluation de l’efficacité ne sont pas confondues. Le site est dédié à la présentation de l’efficacité technique des réponses. Point.
Certes, les programmes inefficaces sont peu représentés (bien des actions n’ont pas montré leur efficacité d’après la littérature spécialisée). Mais, ce n’est pas le plus important.
Vous êtes responsable de la sécurité quotidienne à un titre ou à un autre. Cliquez sur un programme qui vous intéresse. Les patrouilles préventives à Minneapolis, dans le Minnesota (le nord du pays). En trois paragraphes, le programme est décrit (l’objectif, la population concernée, les activités, et la théorie sous jacente – il faut avoir une vision conceptuelle d’un programme pour qu’il soit cohérent).
Les résultats de l’évaluation sont, eux aussi, résumés en deux paragraphes. On trouve des effets « modestes » mais avérés de la présence policière dans les rues des quartiers les plus chauds. La méthodologie est précisée, le nombre d’études qui ont établi le résultat.
On jettera un oeil intéressé au programme DARE (dans la section sur les adolescents -juveniles) qui est réalisé à l’école par des policiers au collège et au lycée et vise à sensibiliser les écoliers aux risques de la drogue. Adoré par les responsables, ce programme refuse désespérément de montrer une quelconque efficacité. Il est une bonne illustration d’une mauvaise orientation de police pour faire de la prévention. Les bonnes intentions et les amicaux contacts avec les jeunes ne se sont pas montrés utiles pour la prévention de la consommation de psychotropes. La police peut, et doit, faire de la prévention. Mais pas comme cela.
A quand un institut français de l’évaluation de l’efficacité mesurée scientifiquement des programmes publiques de répression et de prévention ? A quand une véritable structure scientifique travaillant en bonne intelligence avec les pouvoirs publics locaux et nationaux pour servir de plateforme pour la production de connaissance utile pour l’action ? Plus de trente ans après Gilbert Bonnemaison et l’idée de combiner prévention et répression dans une optique d’efficacité (et sans oublier la solidarité), on attend toujours les outils techniques qui permettraient de tenir les promesses. Prévention efficace et répression efficace sont les objets d’aujourd’hui.
Les questions de sécurité restent dans l’étau de la discussion des valeurs (« autorité ») et des moyens. L’autorité, oui, mais comment? Des moyens, oui mais pour faire quoi? Le temps de l’élection présidentielle peut être le bon moment pour faire entendre la voie de la recherche de la raison et de la preuve pour la conduite des politiques publiques. Nous verrons si c’est le cas sous peu.
Sebastian Roché, directeur de recherche au CNRS, Institut d’études Politiques, université de Grenoble.

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