« La ZSP ne changera rien. Il faut réformer les institutions ! » [ 04/07/2013 ]

[ 04/07/2013 ]

TROIS QUESTIONS À… Sébastian Roché
Sociologue, docteur en sciences politiques et directeur de recherches au CNRS
Dauphiné Libéré, mercredi 3 avril 2013.
=> Vos recherches portent essentiellement sur les problèmes de sécurité et de délinquance. Avez-vous eu à travailler sur cette problématique des “rassemblements et trafic” à Grenoble ?
« Oui. C’était précisément l’objet d’un travail mené l’an dernier par la Métro, auquel j’ai participé, mais qui n’a pas abouti. Le but était de mettre au point un système de mesure de ce problème, car on sait qu’il existe depuis des années mais on n’a pas de vue d’ensemble pour pouvoir le traiter ».
=> Pourquoi n’a-t-il pas abouti, selon vous ?
« Parce qu’il n’y a pas de coordination. Les maires sont en charge de la prévention sur leur commune, la Métro n’a qu’un rôle subsidiaire. Il y a confrontation entre les problèmes qui existent au niveau de l’agglomération tout entière et les élus qui gèrent des morceaux de cette agglomération. Les communes n’ont pas toutes la même taille, les maires n’ont pas tous les mêmes moyens ni la même ligne politique. Grenoble, comme la plupart des grandes villes de France confrontées à ces phénomènes, n’arrive pas à produire les outils d’analyse globale qui pourraient lui permettre d’apporter des solutions sur le long terme. C’est comme si vous priviez un médecin de son matériel. Sans ses outils, il ne peut pas poser de diagnostic et encore moins prescrire un remède efficace. C’est le problème récurrent du système administratif français. La responsabilité est avant tout politique, selon moi. Le constat de cette situation est posé depuis des années et rien ne change. C’est stupéfiant ! »
=> Pourtant, la création de la ZSP a aussi pour but de s’attaquer à ces problèmes !
« La ZSP, c’est un découpage géographique prioritaire comme il y en a déjà eu des tas en France. C’est le même modèle depuis 30 ans ! Or, tant qu’il n’y aura pas d’intégration entre l’État – c’est­à­dire le préfet – qui gère l’action de la Police nationale et de la Gendarmerie ; les élus locaux qui ont le pouvoir sur leurs communes en matière de prévention (qui décident donc des missions de leur police municipale, de l’installation de vidéosurveillance, etc.) et le Conseil général qui s’occupe de l’essentiel de l’action sociale, on sera bloqué ! Il faut réformer les institutions. Et en matière de prévention, ça n’a jamais été fait!»

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s