L’apartheid creux: quand les mots remplacent les politiques publiques. [ 01/29/2015 ]

[ 01/29/2015 ]

Le Premier Ministre, Manuel Valls a dénoncé lors de ses vœux à la presse « un apartheid territorial, social, ethnique qui s’est imposé », en pointant du doigt « la relégation périurbaine, les ghettos ». En faisant ainsi référence à la ségrégation raciale comme politique officielle d’organisation des relations entre les « races » qui existait en Afrique du Sud jusqu’en 1991, il a déclenché une polémique.

Cette expression avait depuis longtemps déjà été utilisée par les responsables politiques comme Jean Pierre Chevènement en 1998 alors qu’il est ministre de l’Intérieur, mais également par des universitaires dès 2005 (voir le livre L’apartheid scolaire de Georges Felouzis et collègues), c’est-à-dire il y a entre dix et quinze ans déjà. Le terme de relégation, lui aussi banal chez les sociologues, était dans le titre d’un rapport d’un conseil d’Etat fameux Jean- Marie Delarue : « Banlieues en difficultés : la relégation », qu’il rend au ministre de la Ville en 1991, c’est à dire il y a plus de vingt ans.

Surtout, on pourra s’étonner que le Premier Ministre ne se soit pas aperçu de cette situation lorsqu’il était Place Beauvau, il n’y a pas si longtemps. Si fracture ethnique et sociale il y a, que ne s’est-il attelé à la réduire ? En tant que ministre de l’Intérieur, n’aurait-il pas du réfléchir à la manière dont la police peut contribuer à construire dans le pire des cas ou alimenter dans le meilleur des lignes de fractures et des ressentiments ? Le thème inoxydable (à juste titre) des relations entre police est population peut tout à fait, et même doit, être relu à l’aune des fragmentations du corps social. L’idée, faute d’être nouvelle, n’est pas mauvaise. Quelles études de l’égalité d’accès à la police a-t-il diligenté ? Que sait-on des relations entre police et minorités ? N’aurait-il pas été judicieux de faire en sorte que le ministère se dote d’une doctrine en la matière ?

Quelles mesures a-t-il porté ? Le ministre de l’Intérieur aurait pu, par exemple, tenter de mieux répartir les effectifs policiers afin de réduire les inégalités territoriales qui ont été, elles aussi, identifiées depuis longtemps. Ou tenter de réfléchir à l’ajustement des politiques policières en fonction des difficultés des territoires, ou encore des manières d’intervenir dans les enclaves ghettos péri urbains. Ceci passe, à minima, par de la formation, et mieux, par une modification de la définition et du contenu des politiques policières locales en les articulant aux autres politiques publiques. Où est le mécanisme qui permet de réaliser cela ?

On image qu’un tel apartheid est également à l’origine de formes de délinquances violentes, d’affrontements ethniques, de la naissance de gangs délinquants. Et donc qu’on doit analyser et anticiper ce type de dérives. En quoi la réflexion sur les causes des délinquances et les moyens de la prévenir a-t-elle été orientée dans cette direction pendant le passage de M. Valls à l’Intérieur ?

La journaliste du Monde Sylvia Zappi lui prête généreusement d’être parvenu à un regard critique sur les politiques menées depuis 30 ans. On pourra s’étonner du succès à créer l’événement à partir de tels termes, d’une déclaration qui est finalement un non événement de politique publique. La couverture médiatique de ses propos était certainement le premier et ultime but recherché. La preuve en est que rien qui pourrait chercher à remédier à la situation n’a été fait avant et rien n’a été décidé après cette sortie médiatique.

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