Le bilan du Président, pour le magazine Challenges. [ 04/05/2012 ]

[ 04/05/2012 ]

«Il manque une réflexion sur l’efficacité des méthodes de police» – L’avis de l’expert
Créé le 13-10-2011
Sebastian Roché, directeur de recherche au CNRS.
http://www.challenges.fr/magazine/20111013.CHA5673/il-manque-une-reflexion-sur-l-efficacite-des-methodes-de-police-l-avis-de-l-expert.html

Challenges. Les mauvais chiffres de la délinquance suffisent-ils pour juger de la politique de Nicolas Sarkozy?

Sebastian Roché. Il a échoué dans la mesure où il n’a pas tenu ses promesses de campagne. Mais il était irréaliste de vouloir en finir avec la délinquance des mineurs ou l’économie souterraine. Il a été naïf. Pour lui, une police plus nombreuse et mieux équipée est forcément plus efficace et suffit en soi à lutter contre tous les comportements délinquants. Or ces intuitions ne reposent sur aucune analyse technique. Il manque une réflexion sur l’efficacité des méthodes de police ou la prévention. En plus, à cause de la dégradation du budget, le gouvernement a dû abandonner cette approche quantitative visant à donner toujours plus de moyens à la police.

De nombreuses réorganisations ont pourtant été lancées pour améliorer l’efficacité des forces de l’ordre…

Oui, et certaines sont intéressantes. Le rapprochement entre police et gendarmerie a du sens dans une logique de mutualisation des moyens et de baisse des coûts. Il permet une meilleure coordination, par exemple en homogénéisant les fichiers informatiques. Mais il manque une vision d’ensemble, un Livre blanc digne de ce nom, comme dans la défense.

Est-ce que la méthode choisie pour réformer la police est mauvaise?

Oui. Prenez la police d’agglomération: sa création repose sur l’idée pertinente d’ajuster les bassins de police aux bassins de délinquance. Mais, dans les faits, le gouvernement a choisi de donner plus de pouvoir à un chef unique, le préfet. C’est une logique de management datant des années 1960! Le pouvoir de décision se détache du terrain et fait l’impasse sur les besoins des usagers. La police n’a d’ailleurs mis en place aucun indicateur de satisfaction. C’est un système piloté par le centre qui n’a aucune information sur ses « clients ».

Le président a-t-il raison de durcir l’arsenal législatif contre les délinquants?

Il a le mérite d’alimenter la réflexion sur la sévérité des peines, bloquée par les conservatismes de gauche. Mais la droite s’est radicalisée. Pour elle, la police est trahie par la justice, habitée par la culture de l’excuse, et il faut obliger les juges à être aussi sévères que le veut la police. C’est un raisonnement simpliste. Les déterminants de la consommation de drogues ou de la violence domestique ne se limitent pas à la quantité de jours de prison ou à l’application effective des peines. Envoyer plus de gens en prison ne doit pas être l’objectif principal. L’augmentation de la population carcérale a un coût financier élevé et la prison augmente le risque de récidive.

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