Le désir secret du gouvernement est de faire de la police de proximité sans le dire [ 08/28/2010 ]

[ 08/28/2010 ]

En matière de sécurité publique, l’angélisme supposé de la gauche est un thème favori de la droite. Sur le sujet, la majorité a toujours un coup de griffe à donner contre la naïveté des socialistes. Parfois, le trait est forcé jusqu’à la caricature. Combien de foi Brice Hortefeux, tel un mini-Sarkozy, est-il revenu sur la police de proximité, lancée par le gouvernement Jospin à partir de 1999, « On a dit non à la police de proximité telle qu’elle était : les policiers étaient transformés en espèce de socio-éducateurs sportifs.»
Caricaturer la défunte police de proximité est un exercice dont la paternité revient à Nicolas Sarkozy. En 2003, celui qui était alors ministre de l’Intérieur avait flingué la «pol- prox» mise en place par ses devanciers socialistes (Jean-Pierre Chevènement puis Daniel Vaillant) et dont les prémisses avaient été pourtant validés dès 1995 par le très gauchiste… Charles Pasqua (l’homme qui voulait « terroriser les terroristes »). A Toulouse, Sarkozy avait étrillé trois îlotiers : «La police n’est pas là pour organiser des tournois sportifs mais pour arrêter des délinquants. Vous n’êtes pas des travailleurs sociaux.» Depuis, ses successeurs place Beauvau ont été chargés de faire perdurer le cliché.
Michèle Alliot-Marie a annoncé début 2008 en tant que ministre de l’Intérieur la création d’«unités territoriales de quartier», qui furent largement assimilées à une résurrection de la « pol prox » par la presse (à tort d’ailleurs puisqu’il n’y avait rien de commun sauf l’idée de patrouiller dans les quartiers), elle a pris soin de préciser qu’il ne s’agissait pas de remettre en place une police «qui joue le rôle d’associations». Il fallait comprendre : comme le PS l’avait fait.
Cette vision, que Hortefeux propage à son tour, relève du mythe. La police de proximité des socialistes avait consisté à mettre en place des équipes polyvalentes et territorialisées. Leur mission : connaître la population et les acteurs locaux de la sécurité, enregistrer les plaintes, mais aussi conduire des enquêtes et arrêter les délinquants (faire du petit judiciaire, laissant les grands crimes à la PJ bien évidemment, équipée pour les traiter).
Le propos du ministre est d’autant plus faux que la spécificité de la police de proximité française, par rapport à celles qui existaient ailleurs, tenait justement à ce qu’elle avait une dimension de police judiciaire de quartier», avais-je noté dans un ouvrage sur le sujet (Police de proximité, Le Seuil).
Aujourd’hui, la police de proximité revient sur le devant de la scène pour une raison simple. Il n’y pas pas d’alternative. Ainsi il y a quelques semaines, Nicolas Comte, secrétaire général du syndicat SGP Unité Police a aujourd’hui un discours critique au sujet de la réforme… Mais davantage à propos de son installation que sur ses missions. Il avait confié à Libération «Ce qui a tué la police de proximité, c’est sa généralisation à marche forcée dans un contexte de manque d’effectifs. Mais dans les quartiers où elle avait été mise en place à titre expérimental, comme à Clichy-Montfermeil par exemple, elle a permis d’avoir de vrais résultats. C’était une police opérationnelle, qui faisait de la prévention, de la répression, du démantèlement de trafics de stupéfiants, etc.».
On est loin de l’animateur de rue brocardé par la droite. Il n’empêche, l’offensive de com de Sarkozy en 2003 a été un vrai succès. La preuve est qu’elle perdure, même fausse.
Les Uteq sont donc un moyen d’essayer de faire de la police de proximité sans le dire. Les élus locaux en veulent. Le président n’en veut pas. Le ministre de l’Intérieur est pris entre les deux feux.Celle-ci avait installé la première UteQ en Seine-Saint-Denis à la suite d’un rapport explosif sur les difficultés des rapports police/population dans ce département sensible de la banlieue nord de Paris. Elles ont été ensuite étendues à une trentaine de quartiers en France et sont devenues le symbole d’une certaine police de proximité, ce dont se défendaient leurs promoteurs politiques.
En 2008, Michèle Alliot-Marie avait promis un effectif total de 100 UTEQ. Mais, restrictions budgétaires et faible attractivité de la sécurité publique pour le gouvernement central obligent, son successeur Brice Hortefeux avait dû geler leur création fin 2009.
En juin 2010, on en comptait seulement 34. Brice Hortefeux avait alors promis d’en créer 26 nouvelles, pour porter leur nombre total à 60, en partie sur la foi d’un audit interne concluant que les UTEQ avaient « prouvé à la fois leur utilité et leur efficacité ».
En août, Brice Hortefeux aura finalement décidé… d’en finir avec les Uteq. Leur disparition est d’autant plus étonnante que le 24 juin, M. Hortefeux avait annoncé leur quasi-doublement après un débat entre la majorité et la gauche. « Je vais en augmenter le nombre de 26 », s’était engagé M. Hortefeux.
Ce seront 24 « brigades spéciales de terrain » ou BST, dont deux dès la rentrée à Toulon et à Perpignan qui sont annoncées. Elles seront constituées de « fonctionnaires expérimentés, travaillant en tenue d’intervention », de façon plus musclée que les UTeQ. Mais la place Beauvau n’a pas indiqué clairement si les 34 UTEQ existantes seraient transformées en BST, ni la date à laquelle les 24 autres unités promises seront déployées (d’après Le point, selon l’entourage du ministre, les actuelles UTeQ deviendront des BST).
« Cette action s’inscrira dans la durée », le ministre a-t-il promis, et si les délinquants se déplacent, la brigade sera déployée en conséquence sur un « quartier plus sensible ».
Quelle différence avec les Uteq d’après ces propos? Aucune. Elles sont centrées sur les quartiers sensibles. Elles travaillent en tenue, ont un style plutôt musclé, sont très centrées sur les stups et la délinquance de rue.
Après l’annonce de l’arrêt de la publication des chiffres de la délinquance, on change le nom des Uteq. Les délinquants n’ont qu’à bien se tenir. Quand on pense que de mauvais esprits parlent de présidence au style gesticulatoire !

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