Le gouvernement change son fusil d’épaule. Pourquoi changer de direction si on a pris la bonne? [ 03/27/2011 ]

Prévention, partenariat, contact avec la population: les thèmes phares d’une doctrine de police vilipendée sont de retour

[ 03/27/2011 ]

On connaissait les dogmes du Pd de la République, l’idéologie vendue comme du pragmatisme (coup de génie de communication s’il en est): la police va assurer la sécurité par son action répressive et, cerise sur le gâteau, la répression est la meilleure des prévention.
Traduction concrète: mettre le paquet sur la police judiciaire (la police d’investigation qui arrive trop tard pour empêcher le délit puisqu’il est déjà commis, mais cherche à identifier le suspect pour qu’il soit puni), et sur une police coupée de la société civile n’ayant pas besoin du partenariat (car le partenariat porte justement sur la partie non répressive de l’action de police, les partenaires n’ayant pas de compétence judiciaire) et dont l’efficacité repose sur une meilleure articulation à la justice (punir plus souvent par de la prison, et plus vite). Enfin, les relations polices populations avaient été complètement enterrées comme axe de politique publique.
Mais, plusieurs indices laissent entrevoir une approche un peu rénovée. Il est trop tôt pour savoir si elle deviendra réalité, s’il s’agit d’un coup de pub avant les présidentielles, d’une approche sincère et de long terme ou non. Elle mérite cependant un peu d’attention.
En quoi consiste-t-elle? D’abord dans l’idée que la police peut prévenir la délinquance par sa présence sur la voie publique. Cela était passé au second rang. En effet, la prime à la vidéo surveillance (rebaptisée vidéo protection, ce qui est un non sens: une porte protège, une caméra surveille – sic) s’inscrivait dans l’optique de la judiciarisation: j’attends qu’un délit soit commis, puis j’ai les moyens de retrouver l’auteur.
Le ministre de l’Intérieur a annoncé le 24 mars un plan de déploiement de policiers et de gendarmes sur la voie publique (voir brève). Sachant qu’on ne peut pas tout faire à budget constant, avoir plus d’agents derrière les écrans, plus d’agents réalisant des enquêtes etc… cela suppose des arbitrages en faveur de la présence pour réduire la délinquance par la dissuasion. Dans une interview pour Le monde, «On peut avoir davantage de patrouilles à pied, à effectifs plus réduit, davantage de voitures sérigraphiées, une présence policière plus visible », affirme le ministre de l’Intérieur.
Deuxième thème, le partenariat. Lui aussi était enterré 6 pieds sous terre. Le terme même avait sombré avec la « performance policière » et le culte de la sanction qui règle tout. Mais, on a entendu ainsi récemment le ministre de l’Intérieur Claude Guéant assurer que « la police doit agir avec des partenaires, elle ne peut pas tout faire ». Parmi ces partenaires, il cite les élus locaux, « qui disposent d’outils considérables comme les CLSPD et les conseils pour les droits et devoirs des familles ». Ces instances « marchent très bien là où elles existent ». Le ministre n’en sait rien, bien sûr, puisqu’aucune évaluation de l’impact de ces structures n’a été réalisée. Cependant, le fait qu’il l’affirme prouve qu’un accent particulier est mis sur le partenariat. Claude Guéant, dans l’interview précité au « Monde » disait que « deux lois publiées en 2007 sont restées insuffisamment utilisées : celle de la prévention de la délinquance et celle de l’aide à l’enfance » . Ces lois doivent « permettre d’impliquer le tissu social dans la prise en charge de la sécurité ». Là encore, c’est plus ou moins vrai dans la mesure où ces lois n’ont pas été intégrées dès leur conception et sont mal liées entre elles. Mais le fait de l’affirmer illustre un potentiel changement de cap.
Retour vers le futur, retour sur les recettes passées de lutte contre la délinquance pour préparer le futur du président de la République. La recette fera-t-elle recette. Il paraît un peu tardif ce revirement pour que le gouvernement puisse en bénéficier, le tout dans un contexte budgétaire peu favorable il faut bien le reconnaître. Car avec 70 000 personnes emprisonnées, les ressources vont être siphonnées par les prisons (c’est un gouffre financier). Il est difficile de mettre de l’argent à la fois pour prévenir et dissuader et parallèlement pour incarcérer. Seabstian Roché, directeur de recherche au CNRS, Institut d’Etudes Politiques, Université de Grenoble.

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