Le PS et la sécurité: vous avez demandé la vision, ne quittez pas… [ 04/10/2011 ]

[ 04/10/2011 ]

Le Parti socialiste a adopté par son bureau national, mardi 5 avril 2011 son projet pour la présidentielle de 2012 et notamment le volet sécurité: « une politique de sécurité capable d’apporter la tranquillité à nos concitoyens ». Il a « deux principes ». Le premier est d’ordre pénal: « lorsqu’un délit est commis, il existe toujours une responsabilité individuelle. Il convient de la rechercher et d’y répondre par une sanction rapide et proportionnée ». Le second veut que « la lutte contre la violence ne peut qu’émaner de la société tout entière », c’est l’idée du partenariat, « une politique de sécurité efficace s’inscrit dans une volonté d’ensemble en vue de diminuer les causes de la violence et de la délinquance ». Retour sur l’importance de l’action sur les causes de la délinquance, et demi tour par rapport au dogme selon lequel la police et la justice suffisent. Bref, prévention – répression – solidarité, Bonnemaison 1982.
Côté positif, on trouve le fait que le PS veut tenter d’éviter le soupoudrage des moyens, plaie du système centralisé où chaque maire (a fortiori s’il est député) va plaider sa cause auprès du ministre de l’Intérieur qui déroge à la règle de l’attribution des moyens aux zones les plus prioritaires. Des « zones de sécurité prioritaires » mobiliseront les services de répression et de renseignement concernés par la lutte contre l’économie souterraine et les violences urbaines, le tout avec un magistrat du parquet référent. Cela pour coordonner la supposée « chaîne pénale » (qui n’en est pas une, mais ceci est un autre problème). Etant donné que cela fait maintenant plusieurs dizaines d’années qu’on nous promet l’intégration, on veut bien le croire, mais on jugera sur pièces.
Il faut aussi coordonner les organisations pénales et les autres. Ici, la recette trentenaire du contrat est ressortie des cartons: « il est décisif de mieux coordonner les acteurs présents sur le terrain » et une nouvelle (à nouveau) génération de « contrats locaux de protection et de tranquillité publiques », une variante de « prévention de la délinquance » qui ne prononce pas le mot délinquance. « Sous la présidence des élus, ces contrats auront pour vocation de devenir les piliers d’une véritable instance de codécision entre les préfets, les magistrats et l’ensemble des parties prenantes pour donner naissance à de véritables ‘stratégies locales de sécurité’ « . Le diable est dans les détails. Comment un tel attelage qui a échoué pendant trente ans pourrait-il devenir fonctionnel? Mystère. L’analyse structurelle des faiblesses du « contrat » à la française (qui n’est pas un contrat mais ceci est une autre histoire) n’est pas faite.
En résumé, rien de neuf. On reprend les recettes d’il y a dix ans ou trente ans. Elles sont indiscutablement supérieures à celles qui ont été voulues depuis 10 ans, conservatrices, inefficaces, aux oeillères dramatiques. Mais, cela reste insuffisant pour voir l’avenir et projeter une stratégie vraiment nouvelle. Où est la vision de gauche de la sécurité ? Dans les principes ? Certes. Mais au plan des pratiques ?
Et la police dans tout cela? Sa spécificité est d’être à la fois un acteur de prévention et de répression, dans le jargon on dit police administrative, police judiciaire et aussi police d’ordre. On nous promet que, dans les villes prioritaires, sera déployée une « police des quartiers » destinée à « créer un climat de confiance avec la population ».
Côté positif, le fait de tirer les leçons de l’histoire récente. Il s’agit avec les zones prioritaire de concentrer les policiers là où on en a besoin, c’est-à-dire dans les zones les plus pauvres. C’est ce que prévoyait en 1997 le projet initial de police de proximité, mais il a été dévoyé en étant appliqué au niveau national dans un temps bref. Cette fois ci, il semble qu’on ait bien compris que la police de proximité serait impossible à mettre en place partout de la même manière dans un contexte budgétaire difficile.
Reste des inconnues. Cette police de quartier « permettra la coordination de l’ensemble des effectifs dans leur ressort territorial », la circonscription de police. Alors c’est la circonscription, la commune ou bien le quartier l’unité décisive? Police de quartier, police coordonnée par le maire pour la prévention au plan municipal, ou unités de police intégrées par circonscription ? On ne sait pas bien.
Et, une fois de plus, il semblent que socialistes n’assument pas la marque ‘police de proximité’, comme cela s’était déjà passé lors de la dernière élection. En 2007, Ségolène Royal parlait de « police de quartier ». Timorés ils sont, timorés ils restent. Après avoir lancé une réforme ambitieuse, ils ont peur de son ombre. Curieux d’être terrorisé par l’idéologie sarkozyste, alors même que le ministre de l’Intérieur dans le même temps se rend compte publiquement de l’erreur d’analyse du gouvernement depuis 10 ans et, dans un pirouette acrobatique, revendique d’avoir inventé le modèle ! (ce qui est faux, mais ceci est une autre histoire). Les socialistes en retrait sur la droite sur la police de proximité dans la campagne qui s’annonce, c’est quant même assez intéressant comme configuration.
S’il y a une politique de gauche alors il doit y avoir des slogans de gauche. Rien de plus mortifère que de dire qu’il n’y a pas de différence entre la gauche et la droite, ce qui implique que le PS c’est comme l’UMP en moins décidé à agir. Le PS doit brandir son étendard. Et être offensif. La police de proximité est le meilleur dont il dispose. Pourquoi le cacher ?
Cerise sur le gâteau, ou bien gâteau pour les syndicats… le fait de recruter 10.000 policiers. Il faut bien savoir qu’il n’existe aucun lien établi entre le nombre de policiers au plan national et la sécurité mesurée par le nombre d’infraction. Les pays qui ont réduit leurs effectifs comme le Canada ont vu la délinquance diminuer comme ceux qui en ont augmenté le nombre…. De plus, la France est l’un des pays européens qui compte le plus grand nombre de policiers par habitant. Il y a donc des réserves d’effectifs et/ou de sources d’économies notamment dans les forces dites « mobiles » et les forces spéciales (qui ont cru très largement ces dernières années). Il faut aussi travailler à une meilleure répartition des policiers entre les services et entre les régions. Des arbitrages sont plus difficiles à vendre que ne l’est la promesse de plus d’effectifs.
Il faut être efficace et faire des économies. Tout le monde a perçu la complexité de l’exercice. Il n’y a pas de raison qu’une dérogation soit accordée à la police en termes d’évolution des effectifs de fonctionnaires. La contribution des polices à la sécurité n’est pas supérieure à celle du monde de l’éducation, des travailleurs sociaux etc… Car les causes de la délinquance sont multiples et la police n’est pas la réponse magique.
Retour sur le programme du PS. Les sujets délicats, tels que les minorités, ne sont pas abordés frontalement. Les contrôles d’identité sont mentionnés, mais c’est bien plus globalement qu’il faudrait regarder les relations entre police et population, et donc minorités.
Tout ça pour ça. Le projet socialiste reste très insuffisant. Au moins y a-t-il un projet. Beaucoup de rustines sur un système qui doit en réalité être profondément modifié (il faut décentraliser la police de sécurité publique, changer la coordination locale, et les services d’inspection de la police, revoir le cadre légal etc… Il faut aussi réformer le cadre constitutionnel pour le moderniser). Pour cela il faut comprendre le système. Ce projet n’a pas le souffle espéré par ceux qui sont lassés par le modèle actuel. Où est la doctrine de police? Où est la vision pour le futur? la modernité technique et plus important encore politique, la place des usagers? Sebastian Roché, Directeur de recherche au CNRS, PACTE-Institut d’Etudes Politiques de Grenoble.

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