Marseille: la police n’est pas la solution à l’envolée du commerce de drogue. [ 08/31/2012 ]

[ 08/31/2012 ]

Un nouveau meurtre a eu lieu mercredi 29 août dans les quartiers nord de Marseille, dans le 14e arrondissement. Un homme a été abattu dans une Twingo. Originaire des quartiers nord, il était « connu des services de police pour différentes infractions », a indiqué le procureur.
Une élue socialiste s’est taillé un franc succès médiatique en proposant l’intervention de l’armée. Plus c’est gros, plus ça attire l’attention. Techniquement parlant, on se demande comment une force militaire pourrait avoir des compétences et un mode d’action appropriés pour opérer dans une ville en paix, et en quoi elle serait de nature à résoudre le problème. Il n’y a pas de front uni des dealers, ni de quartier à conquérir au sens d’une zone qui serait sous le contrôle d’une autre force structurée et hostile. Au contraire, on observe un affrontement entre groupes, probablement des conflits sur des zones de ventes, des livraisons ou la qualité des produits.
« La gendarmerie peut être présente dans certaines zones, elle l’est. Et c’est le travail de la police, qui doit d’ailleurs être renforcée encore à Marseille, que de faire en sorte que soit éradiqués cette violence, cette criminalité et ces trafics », a déclaré François Hollande lors d’un point de presse avec le chef du gouvernement espagnol.
Est-ce vraiment le cas ? Comment les forces de sécurité intérieures pourraient-elles empêcher des groupes qui se veulent du mal de s’entre tuer ? La police n’est pas la solution à la violence criminelle liée à la drogue. Qui pourrait montrer, preuves à l’appui, que le contraire est vrai ?
Si le Président refait du Sarkozy, c’est-à-dire nous présente la police comme la potion magique contre toutes les formes de délinquances, on connaît par avance l’issue d’une telle politique. Il y a un an, le 29 aout 2011, le préfet délégué à la sécurité avait été expédié sous les trompettes des médias par M. Sarkozy pour remplacement d’un fonctionnaire ayant sans doute failli. Il devait faire  » qu’une situation maîtrisée de la sécurité règne dans cette ville, enfin ». Deux mois après son arrivée, il « sentait bien que la situation était maîtrisée » (sic). Le nouveau gouvernement fait-il autre chose ? Il vient de nommer un nouveau directeur départemental de la sécurité publique (DDSP) se dans les Bouches-du-Rhône. Pierre-Marie Bourniquel, actuel DDSP de la Gironde, remplacera Pascal Lalle à Marseille dans un poste vacant depuis le mois de juillet.
En un an on a donc eu deux fois l’affirmation que la police va régler le problème et le changement des deux têtes des la police, le préfet délégué et le DDSP. Et maintenant ?
Et si ce qui manquait c’était avant tout une analyse du problème ? Et une analyse des moyens efficaces pour y faire face ? Côté problème, je doute que les policiers eux-mêmes croient pouvoir endiguer un commerce florissant par leur action. Il y a d’un côté une demande forte, qui se maintient à un très haut niveau d’après les volets français des enquêtes européennes sur la consommation de cannabis et qui progresse pour celle de la cocaïne. Et de l’autre, des réservoirs de main d’œuvre pas chère dans les enclaves déshéritées. Les entrepreneurs audacieux et peu professionnalisés, motivés par la prise de parts de marché y voient des conditions suffisantes pour lancer un commerce lucratif.
Le gouvernement doit faire des annonces de court terme. Tout au moins ne connaît-on pas de gouvernement qui n’en fasse pas. Mais, il lui faut aussi une approche pour essayer de toucher les problèmes sous jacents. Si la police peut dissuader certains entrepreneurs, ou freiner la croissance des uns (permettant aux autres de grandir ?), il faut absolument deux autres volets. Le premier est éducatif : il vise à limiter la demande des nouveaux consommateurs, des entrants jeunes, d’âge scolaire par une information adaptée et suffisamment dosée. Le second est de santé publique : limiter la consommation, c’est nécessairement faire en sorte qu’il y a ait moins de consommateurs et que ceux qui consomment le fassent dans des volumes moindre. Il faut aussi faciliter la sortie de la consommation par des prises en charges médicales et sociales.
Cette combinaison d’éducation au risque, de prise en charge des consommateurs et de lutte contre les trafiquants suppose un véritable plan d’action intégré au plan local. Un plan qu’on annonce, certes, mais qui existe et qui dure. Il ne résoudra pas le problème. Mais il peut le limiter.

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