Marseille: les règlements de comptes sont des affrontements commerciaux. [ 11/23/2010 ]

[ 11/23/2010 ]

Interview pour le Journal Métro Mis à jour 21-11-2010 23:21
http://www.metrofrance.com/info/sebastian-roche-ces-reglements-de-comptes-sont-des-affrontements-commerciaux/pjku!EuDqWbK91ZicMwCouYy6zA/

Sébastian Roché : « Ces règlements de comptes sont des affrontements commerciaux »
Directeur de recherche au CNRS, spécialiste des questions de délinquance, Sébastian Roché analyse l’évolution du trafic de drogue à la lumière des récents règlements de comptes à Marseille.

Comment expliquez-vous la recrudescence de règlements de comptes dans les trafics de stupéfiants ?

Il faut bien comprendre que c’est la consommation qui tient le trafic. S’il n’existe pas de vol sans recel, il n’existe pas non plus de trafics de drogue sans consommateurs. Le gouvernement a toujours privilégié une approche assurant que la police allait régler à elle seule les problèmes de drogue. Or, si l’on regarde les chiffres, la consommation ne cesse d’augmenter depuis 1990 dans des fourchettes allant de 300 à 400%. Pour les fournisseurs, on passe de la logique de supérette à celle de supermarché. Imaginez que vous vendez des télévisions couleurs. Si le nombre de vos clients s’accroît, il est nécessaire d’augmenter votre surface de vente, il faut segmenter vos produits pour toucher toutes vos cibles. De là, naît une concurrence entre « vendeurs ». Les règlements de compte auxquels nous assistons sont au final des affrontements commerciaux.

Cela explique-t-il également que l’on assiste à un rajeunissement des trafiquants ?
Comme dans tous commerces, il faut de la main-d’oeuvre. Plus le commerce en question grandit – là encore en raison d’une demande accrue – plus on engage du monde. A cela s’ajoute que les plus jeunes concernés possèdent des avantages pour leur « employeurs » d’un point de vue judiciaire.

Quels sont les profils des vendeurs et des acheteurs, aujourd’hui ?
Il y a d’un côté les vendeurs, qui appartiennent aux classes les plus pauvres de la société notamment de banlieue. Et de l’autre, les consommateurs qui sont plutôt des jeunes de bonnes familles, qui peuvent aussi être des revendeurs occasionnels. On trouvera toujours des jeunes issus des quartiers populaires participant au trafic de drogue, dès lors qu’ils peuvent espérer gagner de l’argent au moyen de ces trafics, surtout si la demande est toujours importante. Même si l’incarcération apparaît comme dissuasive, il y aura toujours de nouveaux candidats. En criminologie, on parle de remplacement.

Dans ces conditions, quelle approche doit privilégier le gouvernement ?
A mon sens, il faut une approche intégrée. D’abord une approche de prévention, qui gène ou empêche l’entrée dans la consommation de stupéfiants. Cela passe par l’éducation en milieu scolaire. Mais il faut un plan qui soit à la mesure du problème, à l’image de ce qui a été fait sur la sécurité routière. Il faut savoir qu’en France, la moitié des jeunes de 17 ans a déjà consommé des stupéfiants. Ensuite, il faut limiter la consommation des plus dépendants, notamment au moyen de produits de substitution. C’est la meilleure façon de prendre les clients aux trafiquants. Ensuite, il y a l’action de police, qui n’est qu’un chaînon du système. A l’heure actuelle, il n’existe aucun document gouvernemental analysant ces problèmes.

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