Menace terroriste: les services de renseignements sont-ils à la hauteur? [ 09/28/2014 ]

Pour Sébastien Roché, chercheur au CNRS spécialiste des questions de sécurité, « le défi adressé à notre pays est inédit ». La DGSI va certes recruter 430 experts de plus. Mais sur 5 ans… par Florian Fayolle

Publié le 27-09-2014 à 08h05 Mis à jour le 28-09-2014 à 10h12 par Challenges:

http://www.challenges.fr/economie/20140926.CHA8252/menace-terroriste-les-services-de-renseignements-sont-ils-a-la-hauteur.html

Pour Sébastien Roché, chercheur au CNRS spécialiste des questions de sécurité, « le défi adressé à notre pays est inédit ». La DGSI va certes recruter 430 experts de plus. Mais sur 5 ans…

L’assassinat barbare d’Hervé Gourdel par un groupe de djihadistes algériens ayant prêté allégeance à Daesh (Etat islamique) marque un changement majeur. Comme l’a rappelé François Hollande, ce montagnard parti faire un trek en Algérie a été tué parce qu’il était français.

« Il faut bien comprendre que le défi sécuritaire adressé à notre pays est inédit. Elle peut aussi bien toucher un touriste en vacances à l’étranger, que les Parisiens dans le métro en passant par les expatriés travaillant en Afrique et au Moyen-Orient », explique Sébastian Roché, chercheur au CNRS et spécialiste des questions de sécurité intérieure.

Ce drame est la conséquence directe de l’engagement de la France auprès des Etats-Unis pour frapper les positions de l’Etat islamique par voies aériennes en Syrie et en Irak. Cette décision de François Hollande, chef des armées, caractérise un infléchissement de la politique française étrangère. « Jusqu’ici nous avons été protégés d’un attentat en grande partie à cause de la politique pro-arabe menée par la France depuis 20 ans », poursuit Sébastian Roché.

[ 09/28/2014 ]

La politique pro-israélienne de Sarkozy

Le discours à l’ONU en 2003 de Dominique de Villepin refusant d’attaquer militairement l’Irak a joué un rôle certain dans la perception de la France par les pays arabes. Les images de Jacques Chirac dans les rues de Jérusalem en train de vilipender les services de sécurité israéliens ont aussi accru la sympathie des peuples arabes envers notre pays. Tout comme l’appel de François Mitterrand en 1982 à la création d’un Etat palestinien. Il fut, à cette occasion, le premier dirigeant d’un pays d’envergure à plaider la cause d’un Etat palestien.

Mais la politique pro-israélienne développée par Sarkozy, la guerre en Afghanistan, puis celle au Mali contre les forces d’AQMI, ont changé le rapport de la France avec le monde arabe. Et avec, la menace terroriste.

Les services français sont-il à la hauteur?

Ce qui est nouveau également, c’est la nature de la menace. Des jeunes Français quittent le territoire pour se rendre en Syrie avant de revenir en Europe, avec pour quelques-uns des projets d’attentats dans la tête.

Selon les autorités françaises, le nombre de Français présents en Irak et en Syrie est passé de 555 début 2014 à 932 aujourd’hui. Parmi eux, 36 ont été tués, 185 ont quitté le théâtre des opérations et 118 sont sur le retour.

Face à cette réalité, les services français sont-ils à la hauteur des enjeux ? Oui mais, répond Sébastian Roché qui pointe des dysfonctionnements. « L’actualité de cette semaine avec le cafouillage sur le retour des trois djihadistes en France illustre les problèmes de la coopération internationale. La direction internationale de la police nationale est en sous-effectif dans les zones proches des combats pour coordonner la collecte et le traitement des informations avec les pays étrangers. Dès qu’il y a un ou deux dossiers très importants, les services locaux sont saturés », explique-t-il.

D’autres affaires plus emblématiques ont révélé certaines limites au système de surveillance français. Les deux exemples les plus marquants sont sans conteste les tueries perpétrées par Mohammed Merah à Toulouse et à Montauban et la fusillade à Bruxelles de Mehdi Nemmouche. « Si nos services de renseignements sont de qualité, ils ont aussi commis de grosses bourdes et on peut douter de leur capacité à pouvoir déjouer toutes les tentatives d’attentat », commente le chercheur.

Un grand plan de recrutement

En cause selon cet expert « la réforme de Nicolas Sarkozy qui a conduit à la fusion de la Direction de la Surveillance du territoire (DST) et des Renseignements généraux (RG) a précipité le départ de seniors expérimentés. Cela a affaibli les capacités de la SDIG (sous direction de l’information générale) au sein de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) – l’entité née du regroupement – à pouvoir analyser les informations collectées sur le terrain local en France. »

C’est peut-être pour pallier ces ratés que la Direction centrale de la sécurité intérieure (DGSI) va recruter dans les cinq ans à venir 430 analystes, interprètes, informaticiens ou chercheurs en plus des 3.600 policiers de l’actuelle DCRI. Pour rappel, le budget du ministère de l’Intérieur est un des seuls à avoir été sanctuarisé. En 2014, il est même en très légère augmentation, passant de 12,1 à 12,2 milliards d’euros.

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