MESURER LES VIOLENCES COLLECTIVES DANS SA COMMUNE [ 07/12/2009 ]

[ 07/12/2009 ]

Il faudra nécessairement abandonner le terme violence urbaine qui ne veut rien dire (mais qui a joué son office historiquement). Evidemment, le plus important est la définition, on ne peut bien mesurer que quelque chose de défini. Ensuite il faut savoir si l’on veut faire une sorte de sismographe pour détecter la montée en chaleur d’une zone (type Échelle de Bui-trong améliorée) ou bien un outil qui permet de mesurer la prévalence (ce sont deux outils différents). Ou bien encore une mesure de la tension police population. Ou de la prévalence du caïdat (commerce de drogue etc…). Si on veut tout mettre dans une seule mesure, on n’aura rien (comme c’est le cas aujourd’hui).
Que retenir dans la définition pour mesurer la prévalence ? Il pourrait s’agir de comportements collectifs dans les espaces publics qui se traduisent par un certain nombre de dégâts matériels et humain. Dans ce cas il faudrait fixer des seuils (nombre de personnes minimum, nombre de cibles détruites endommagées, existence ou non d’atteintes physiques). A mon avis la discussion va se focaliser sur les seuils (à cause des Écarts ZUS non ZUS, rural urbain etc…).
Le problème tient à la prise en compte des motivations: un groupe de garçons qui va à la castagne dans un bal, est-ce de la violence collective. Oui. Mais la motivation n’est pas la même. Mais comment connaître la motivation ? Factuellement c’est impossible. Quid des paysans qui attaquent les préfectures? Ce sont des violences anti-institutionnelles collectives. Les compte-t-on ou pas? On ne peut pas faire un indicateur sur les motivations supposées, car ce n’est pas objectivable.
Les caractéristiques des auteurs peuvent-elles contribuer à la définition? Je ne vois pas comment. Si un mineur ou majeur, blanc ou noir participe en quoi cela change-t-il la définition des violences collectives. Les modes opératoires ne me semblent pas très discriminants pour classer les types de violences : Strasbourg, le Parlement de Bretagne détruit ou Clichy, du point de vue des traces matérielles c’est un peu la même chose: affrontements physiques, destructions par le feu.
Je pense qu’on doit mesurer le plus factuellement possible la taille des groupes impliqués (sachant que c’est difficile) et les dégâts. Ensuite, on peut y ajouter différents critères objectivables. Par exemple: existence / non existence de revendication sociales, politiques. Participation ou non d’associations, syndicats en tant que tels. La combinaison des éléments permettra seule de dire de quelle violence collective il s’agit.
La collecte des informations va poser des problèmes considérables. Les assureurs, les pompiers et les policiers ne vont pas compter pareillement. Le système d’objectivation le plus poussé est le meilleur (le nombre de départ de feu est moins bon que le nombre de véhicules détruits, en moyenne à travers le temps et l’espace – car le premier comptage présente des risques d’instabilité).
Les tirs sur des policiers sont une composante d’une Émeute ou violence collective. Mais il ne peuvent à mon avis intervenir dans la définition. Is peuvent Être un trait, mais pas la chose elle même. A nouveau, il faut savoir si on veut une mesure des tensions entre police et population (attaques de commissariats, caillassage, tirs d’armes à feu etc…) Ou bien du phénomène d’affrontement collectif dans la rue.
Le contexte doit Être mesuré « à côté » des faits de violence collective, cela ne doit pas faire partie de la définition. On peut les croiser à l’analyse (en fait on doit le faire).
Surtout, il faut stabiliser la définition et les mesures dans le temps, la sacraliser d’une manière ou d’une autre pour Éviter ce qui s’est passé depuis 20 ans.
Et, il faut que l’outil permette aux chefs de police locaux (national et municipal) de s’en servir. Si c’est pour une compilation a posteriori au niveau national, cela perd beaucoup de son intérêt pratique.
Sebastian Roché, CNRS, université de Grenoble, Institut d’Etudes Politiques

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