Où sont passés les chiffres sur les homicides ? [ 11/07/2011 ]

[ 11/07/2011 ]

Les homicides figurent parmi les chiffres les plus fiables. L’ONDRP les a supprimés des publications départementales ? Pourquoi ?

Les criminologues s’intéressent depuis fort longtemps à l’homicide ou plutôt aux homicides (querelles, conflits domestiques, règlements de comptes criminels etc…). Pourquoi ? Parce qu’ils sont parmi les actes les plus graves, d’une part, et parce qu’ils sont parmi les mieux comptabilisés, d’autre part. On attend donc des organismes qui assurent la diffusion des informations relatives aux infractions pénales qu’ils assurent un suivi particulier de ces crimes et permettent l’accès pour les personnes intéressées à ces données. En l’occurence l’ONDRP (observatoire nationale de la délinquance et des réponses pénales).
Mais où se cachent-ils donc désormais ? Chaque année, la documentation française publiait un petit volume qui présentait la délinquance et la criminalité constatée par les services de police et de gendarmerie. Cette publication avait l’avantage de la continuité, même si elle avait considérablement grossi au cours du temps, passant d’un petit volume de 80 pages à un gros volume, puis deux dans les années quatre-vingt dix. A l’époque, les chiffres gardés comme des secrets, furent progressivement publiés au niveau départemental. Le second volume présentait les informations pour chaque département (les 107 index qui forment la grille de receuil des infractions connues des policiers et gendarmes).
Ce second volume autorisait la consultation de la géographie des homicides comptés par la police et la gendarmerie. On pouvait, par exemple, comparer les départements riches et pauvres de France, et observer des évolutions intéressantes. Notamment, le fait que les Hauts de Seine, département fort riche, a connu une amélioration de la sécurité au sens d’une diminution forte des taux d’homicides tandis que la Seine Saint Denis, département fort pauvre, n’en a point bénéficé.
Mais, pour la dernière année disponible, 2010, les homicides ont disparu. Ils ont été mélangés avec tentatives. Sauf pour une petite partie d’entre eux qui ne le sont pas. Résultat ? Impossible de travailler sur les homicides au niveau local à partir des publications régulières. Pourquoi un tel choix ? Pour des raisons économiques ? Difficile à croire, car les publications sous forme électronique ne couteraient rien de plus. Conspiration du silence ? Certes, on a déjà connu l’arrêt de la publication des incendies de véhicules pour le jour de l’an afin d’interdire le commentaire par les médias, partique plus que discutable. Mais, dans le cas d’espèce, les homicides, c’est difficile à croire, car quel serait le bénéfice et pour qui, les responsables politiques s’intéressant plus aux feu de voitures qu’aux meurtres (la logique de l’ordre public surpasse celle de la sécurité des citoyens ordinaires) même si cet oubli contribue à cacher l’écart croissant entre les riches et les pauvres face aux homicides ? Simple erreur de jugement professionnel du comité qui doit valider ce qui est publié ? Peut-être. Mais, elle vient s’ajouter à une négligence durable de la question des homicides en France, qui ne font l’objet que de peu d’attention. Des criminologues amis se sont d’ailleurs déjà fait l’écho de se manque.
Cher ONDRP, rendez-nous les chiffres des homicides ! Rectifiez l’année en cours. Et ne les oubliez pas pour l’année suivante. On sait que ces chiffres sont parmi les plus fiables disais-je. Cependant, il y a des écarts considérables entre ceux de l’inserm (comptage santé publique) et ceux de la police (comptage pénal). Pourant, la convergeance des évolutions nous laisse penser que les homicides sont bien, en moyenne, de moins en moins fréquents depuis 20 ans. Mais pas partout, c’est comme de dire que la richesse moyenne en France progresse, cela ne signifie pas que tout le monde est plus riche. Justement, c’est à ce moment qu’on a besoin des différents types d’homicides au niveau départemental. Par exemple pour vérifier la contribution des règlements de compte au total des homicides dans les départements pauvres et permettre de mettre en perspective les faits divers qui émaillent l’actualité à Grenoble, à Marseille ou en Seine Saint Denis.
Sebastian Roché, directeur de recherche au CNRS, Sciences Po, Université de Grenoble

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s