Profilage racial, que peut faire la police ? Importer des bonnes pratiques sur la base de l’exemple de la ville de Montréal. [ 01/23/2012 ]

[ 01/23/2012 ]

Les relations entre la police est les minorités est traditionnellement un des sujets les plus chauds, au point qu’ils génèrent régulièrement des éruptions surtout en France mais pas exclusivement, loin s’en faut. Les grands pays d’Amérique du Nord on également été concernés. La différence avec la France tient au fait que les responsables politiques se sont rendus compte qu’il y avait « un problème » et se sont donc posés la question des stratégies pour le dépasser. On ne soulignera jamais assez l’importance de cette « identification du problème ». Le fait que la police française soit en retard tient largement à la posture des responsables civils (souvent des non policiers, bien que des policiers tendent à le devenir au plan local principalement, ce qui n’est pas une très bonne chose soit dit en passant) et au manque de leadership politique sur ce thème.
Une fois encore, tourner les yeux vers le Canada est assez instructif. En effet, comme d’autres pays occidentaux, ils ont connu des explosions dans les grandes villes. Mais, plus limitées qu’en Grande-Bretagne, ce dernier pays connaissant des éruptions de violence pourtant plus réduites qu’en France (4 jours contre 4 semaines en France pour la plus longue).
Que propose le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) ? Notons qu’il a en son sein une direction des relations avec la collectivité, qu’on cherchera vainement dans nos organigrammes locaux de police (ou même à la préfecture), et que cette direction a établi son « Plan stratégique en matière de profilage racial et social ».
Le SPVM identifie trois axes pour son plan d’action stratégique: 1. « Favoriser les comportements éthiques et non discriminatoires ». C’est une action de prévention des problèmes à l’intérieur de ses services, qui vient en amont de l’approche disciplinaire ou pénale. 2. « Maintenir la confiance et le respect de la communauté », ce qui, encore une fois, implique que les responsables doivent reconnaître l’existence de problème et le besoin de la confiance (et pas uniquement celui de faire plus de gardes à vue ou d’élucidations).3. « Agir sur les comportements inappropriés », ceci concerne toutes les mesures à prendre une fois que les comportements apparaissent et notamment en détectant les « petits » problèmes de comportements chez les policiers grace à un suivi individuel des plaintes contre les agents par exemple (ce qui suppose qu’un tel mécanisme soit mis au point).
Le SPVM sur son site web (http://www.spvm.qc.ca/FR/documentation/gd_61.asp) explique que ses efforts remontent à près d’une dizaine d’année puisque dès 2003, il crée un « comité de travail permanent sur le profilage racial ». On aimerait que la DGPN, la DGGN, la PP et les élus des grandes villes (pour les PM) prennent chacun les mêmes dispositions et éventuellement débouchent sur un document partagé sur cet enjeu essentiel.
Les étapes suivantes: « En 2004, le SPVM adopte la première politique de prévention et de lutte au profilage racial et illicite au Canada. Entre 2008 et 2010, il met en oeuvre sa Stratégie d’action sur le développement des compétences interculturelles, suivie en 2011 par une vaste consultation interne et externe afin d’évaluer les nouvelles orientations à suivre pour la période 2012-2014. »
C’est l’aboutissement, ou tout au moins un pas de plus, fait dans la direction de recherche d’un apaisement, pour le dire avec les mots du SPVM « une étape de plus dans sa longue série d’actions entreprises depuis plusieurs années pour prévenir, agir et contrer ce phénomène ».
Il ne faudrait pas croire que le SPVM parce qu’il cherche à être juste n’en n’est pas moins une force de police. Eviter les biais ethnique, ce n’est pas oublier certaines missions de police judiciaires, contrairement à ce qu’on entend dans l’hexagone. Il n’y a pas de fatalité de la discrimination.
Ce thème du profilage racial ou ethnique est essentiel car les villes françaises sont multi ethniques et destinées à le rester. Nous avons publié l’année passé dans le cadre d’un projet de recherche européen (Eurojustis) un sondage qui montrait la faiblesse de la France sur ce thème (http://www.pacte.cnrs.fr/IMG/pdf_NouvelObsEurojustisMai2011.pdf). Le traitement des minorités par la police et les relations police-minorités sont deux thèmes liés sur lesquels il pourrait s’avérer couteux de faire l’impasse.
Sebastian Roché, directeur de recherche au CNRS, Sciences Po, Université de Grenoble.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s