« Quand la police use de la force, c’est qu’elle est faible » Sébastian Roché, directeur de recherche au CNRS [ 03/28/2007 ]

L’interpellation, le 20 mars, d’un sans-papiers près d’une école parisienne et les violences intervenues, mardi 27, gare du Nord témoignent-elles d’une dégradation des relations police-population?

[ 03/28/2007 ]

Il n’y a pas d’indicateur de la détérioration de la qualité des rapports entre habitants et policiers. Mais des phénomènes comme la hausse du nombre de policiers blessés ou l’accroissement des outrages aux forces de l’ordre montrent que la situation est très tendue. En particulier pour les jeunes et pour les personnes issues de l’immigration, qui vivent plus mal que les autres leurs rapports avec la police. Cela fait beaucoup d’incidents accumulés – je pense aux « caillassages » de policiers dans certains quartiers en 2006 et aux émeutes de 2005 – pour que ce phénomène soit marginal ou accidentel.

Derrière ces violences se pose la question de la légitimité des forces de l’ordre : quand la police use de la force pour contraindre, c’est en réalité qu’elle est faible, qu’elle souffre d’un manque de légitimité aux yeux de la population.

Peut-on établir un lien entre cette dégradation et l’organisation de la police ?

La dégradation a été progressive. Nicolas Sarkozy n’est pas la source de tous les maux mais il est sûr qu’il n’a rien fait pour améliorer la situation. En se plaçant uniquement dans une logique de résultats quantitatifs, il n’a pas su identifier le problème de la qualité du service rendu par la police aux usagers.

De ce point de vue, je ne crois pas qu’il faille s’arrêter sur le comportement individuel de chaque policier : derrière ce type d’événements, il faut s’interroger sur la formation des policiers, leur jeune âge et leurs représentations professionnelles lorsqu’ils intègrent des corps comme les CRS ou les BAC [brigades anticriminalité], où les confrontations sont fréquentes. La police n’est pas en avance sur les autres services publics français dans la prise en compte de l’usager et de la notion de qualité du service et le moindre dysfonctionnement est tout de suite beaucoup plus explosif.

Peut-on parler d’une double radicalisation dans les quartiers sensibles, de la part des jeunes et des policiers ?

Oui, sans doute. Je partage l’idée qu’il faut regarder les deux parties quand il y a un incident. Il peut y avoir un problème d’organisation de la police, de comportement inapproprié d’un fonctionnaire, de geste professionnel mal maîtrisé avec, par exemple, un plaquage violent de la personne interpellée ou le recours à des menottes sans aucune justification. Mais il ne faut pas oublier qu’il y a aussi une personne qui fraude dans les transports, qui n’admet pas d’être prise en faute et d’être contrôlée et qui est prête à se battre avec des contrôleurs et des policiers. Ces comportements sont évidemment aussi problématiques.

La France est-elle le seul pays européen où ces incidents interviennent souvent ?

Nous manquons d’études. Mais, quand je rencontre des responsables policiers d’autres pays, ils sont toujours stupéfaits d’apprendre que des postes de police sont attaqués en France – rarement, mais cela arrive. Les enquêtes d’opinion sur la perception de la police en Europe montrent que les pays où les critiques sont les plus vives sont les Etats où les forces de police sont les plus nombreuses. Comme si la police avait tendance à se tourner vers elle-même et à ne considérer que ses propres critères d’évaluation. Comme si elle oubliait les usagers. Comme si la police restait régalienne, au service du « roi » plus que du public.

Propos recueillis par Luc Bronner
LE MONDE | 28.03.07

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