Relations police – population: faire entrer la population dans la police. [ 02/18/2013 ]

[ 02/18/2013 ]

Modifier la relation police population en profondeur prendra du temps, et un mandat n’y suffira pas de ministre de l’Intérieur bien sûr, mais même de Président. Il faut donc un plan d’action pluriannuel, qui suppose d’y associer l’opposition. Ce plan d’action ne saurait se résumer à une mesure, fut-elle utile, comme mettre le numéro de matricule sur les uniformes. Une telle modification passe par le refus de se contenter du modèle néo-corporatiste français (de négociation entre les syndicats et le Ministre à huis clos).
L’efficacité implique de porter une vision d’ensemble de la réforme, authentiquement inspirée par l’idée d’une police de service et redevable à la population. La population et l’expertise non policière doivent entrer dans la police. Cela suppose d’institutionnaliser la relation entre la police et la population au niveau central et au niveau local, en modifiant les organes de gouvernance. Comment ? D’abord, en créant « un conseil d’analyse des réponses policières » auprès du ministre de l’intérieur, présidé par une personnalité forte, et entourée des experts reconnus, et en particulier d’un collège issu de la société civile, c’est-à-dire des usagers de la police d’une part, et, d’autre part, d’un collège d’universitaires (économistes de la délinquance, spécialistes des sciences policières, de l’évaluation expérimentale des réponses pénales notamment). On pourrait s’inspirer de formes existantes, comme du conseil d’analyse économique auprès du ministre de l’Economie. Ensuite, au niveau local en créant de nouvelles structures pour remplacer les CLSPD qui ont aujourd’hui épuisé leur potentiel de sociabilisation mutuelle des services participants. Le CLSPD est le mariage d’administrations centralisées et localisées qui répondent à des chaînes hiérarchiques étanches et à des logiques tout aussi étanches. Il n’y a pas de véritable autorité qui le pilote et peut mettre en action une réponse globale des problèmes au niveau local. Il faut un « chef » (fut-il à deux têtes) avec une autorité hiérarchique sur les services concernés dans la nouvelle structure. Il prendrait des décisions qui s’imposeraient aux forces de polices comme aux autres services. Au niveau local, il faut aussi des représentants des forces de la société civile (associations locales, usagers) mais en leur donnant un réel pouvoir de décision, à côté des représentants de la police, justice, élus qui sont déjà là. La nouveauté serait le poids des usagers et l’obligation de prendre en compte leurs demandes dans les priorités policières.

Il faudra créer aussi, en plus de ces organes de coordination et de consultation, réformer l’organigramme des forces à l’intérieur du ministère de l’Intérieur (si j’ose dire), en particulier en créant au niveau central une direction de la « qualité du service rendu », commune à la police et la gendarmerie. Et ce n’est pas tout. Il faudra, de surcroit, modifier la formation des policiers, pour que la gestion de la relation deviennent un élément aussi important que la connaissance du code pénal. Cette formation s’appuiera sur l’analyse de la police et de la gendarmerie : elle est la grande absente en France. Dans, ce but, on pourra s’inspirer de l’idée initiale qui animait (feu) l’IHESI, un centre qui servait à la police à se connaître elle-même, à analyser ses propres pratiques et à écouter les analyses extérieures.

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