Retour de Sarkozy: enfin une bonne nouvelle pour la Gauche. [ 09/23/2014 ]

[ 09/23/2014 ]

A lire sur le site du Monde
http://www.lemonde.fr/idees/article/2014/09/23/retour-de-sarkozy-enfin-bonne-nouvelle-pour-la-gauche_4492754_3232.html

La descente aux enfers de Hollande semblait sans fin après les promesses économiques reniées, les prédictions heureuses non réalisées, l’étalage de sa vie privée de président exemplaire, le déficit public courrouçant Bruxelles, son mépris pour les « sans dent ». Enfin une bonne nouvelle. Le retour de Sarkozy. L’ancien ministre de l’intérieur puis président à en effet le privilège et surtout l’avantage d’avoir conduit la droite à son naufrage actuel.

On sait l’inventivité du ministre de l’Intérieur en matière de communication. Il avait réussi à s’inventer un faux bon bilan, résultat d’un management des chiffres plus que de la performance réelle de la police. Jamais avare de compliments à son égard, il s’était auto crédité d’avoir « tué le job ». En réalité le jeu sur les chiffres a été vite éventé d’abord par les sociologues spécialistes du domaine, et plus tardivement par l’inspection générale de la police nationale.

Le ministère de l’Intérieur lui ayant servi de rampe de lancement dans un mandat chiraquien manquant singulièrement de lustre, on se souvient de sa victoire nette lors de l’élection présidentielle de 2007 (53 % contre 47% à Ségolène Royal) et sa soirée au Fouquet’s avec les stars du showbiz d’où il se rend à la Concorde : « Ce soir c’est la victoire de la France ».

Sous son mandat de Président, il a pu imposer son style. Et il a accompli le miracle de faire perdre à la droite toutes les élections une à une. Petit rappel.

On se souvient de son style de management omni médiatique, qui a eu un effet de sidération sur la presse pendant plus d’un an après son accession à la fonction suprême, de son 1er ministre rangé au rang de « collaborateur ».

On n’a pas oublié non plus son style velléitaire et ses coups de mentons : en 2009 il devait, après les banlieues, passer la finance au karcher « nous voulons en finir avec les paradis fiscaux », avec le succès que l’on sait. Son inconstance est intéressante à scruter. Se souvient-on qu’une fois élu président il a entamé de réduire les effectifs de police après avoir construit sa popularité sur leur augmentation ? Au commencement de son mandat, il est le « président des riches » puis taxateur des résidences secondaires. En début de mandat il défiscalise les heures supplémentaires au nom du « travailler plus pour gagner plus », et en mars 2012 il revient sur la mesure avec la loi Warsmann. On peut aussi se remémorer l’Union de la méditerranée, promue puis pareillement enterrée, faute d’une préparation suffisante. Dans le vocabulaire Sarkozyste cela s’appelle le « renouveau », « se réinventer profondément » sans doute.

Sa politique étrangère a été un outil pour montrer sa détermination. Ainsi en Libye, drapée dans le manteau de la résolution des nations Unies, il choisit d’intervenir militairement « C’est notre devoir » déclare-t-il en mars 2011, puis à la conférence des ambassadeurs en août : « Les combats en Libye ont apporté la meilleure réponse aux prophètes du « choc des civilisations et des religions » : côte à côte, des forces arabes, européennes et nord-américaines ont aidé un peuple martyrisé à réaliser ses aspirations à la liberté ». Avec un peu de recul, on constate aujourd’hui que la Libye est plongé dans le chaos, fragmentée, aux mains des chefs de guerre.

Sa stratégie de droitisation et de clivage de l’opinion, de mise en accusation d’une France contre une autre, à rebours de ses promesses tenues à la Concorde, ont été illustrées le plus nettement par le discours de Grenoble de juillet 2010 : « nous subissons les conséquences de 50 années d’immigration insuffisamment régulée qui ont abouti à un échec de l’intégration. » et propose que la nationalité française soit retirée à toute personne d’origine étrangère auteur de certains crimes. Exit les conditions socio-économiques, de vie, de travail de logement, le mal qui ronge la France n’a qu’une seule origine. Annoncer, cliver sans agir par des politiques nouvelles, ceci a été une des recettes constantes. Pour le dire avec les mots de son retour : « sans aucun esprit partisan ».

M. Sarkory dit aujourd’hui« J’ai vu monter comme une marée inexorable le désarroi, le rejet, la colère à l’endroit du pouvoir. » Que n’avait-il point développé ce 6ème sens un peu plus tôt à propos de son propre mandat. En effet, la traduction électorale de son style et de ses choix politique lors de son mandat n’était pas particulièrement difficile à lire. L’UMP a perdu toutes les élections successivement. En effet, en 2008, la droite recule massivement aux élections municipales. Sur les 44 villes de 90 000 habitants et plus, l’UMP ne compte plus que 13 mairies contre 23 en 2001. Presque une division par deux.

En 2010, lors du premier tour des élections régionales, la droite enregistre son plus mauvais score sous la 5ème République. Au second tour la droite hors FN est 20 points derrière la gauche. Il ne reste que des miettes à l’UMP, toutes les régions sauf une, l’Alsace, passent à Gauche qui reprend même la Guadeloupe. En 2011, la majorité des conseils généraux passent à Gauche. Il ne reste à la droite parlementaire que 40 présidences de conseil général sur 99, contre 49 en 2004 et 42 en 2008.

Le 25 septembre 2011, le Sénat vire à gauche. Des candidats ministres sont défaits dans les urnes. Une poussée forte de la gauche est enregistrée dans les départements du Loiret, Isère, Nord, Pas-de-Calais, Hauts-de-Seine, Val-de-Marne, Oise, Manche, Pyrénées-Orientales L’exploit du mandate de M. Sarkozy a été de permettre à la gauche de prendre la majorité au Sénat, une chambre traditionnellement rurale et conservatrice, et cela pour la première fois dans l’histoire de la 5eme République.

Puis, vient le temps de la présidentielle, avec 48,4% des suffrages M. Sarkozy du s’incliner nettement devant M. Hollande (51,6%). Cette défaite s’est prolongée par des élections à l’Assemblée Nationale donnant une majorité absolue au Parti Socialiste, sans compter les sièges de ses alliés du moment.

Aujourd’hui, il revient par la petite porte d’une UMP en ruine, largement en raison de ses décisions, trainant derrière lui un jeu complet de casseroles éthiques, la moindre d’entre elle n’étant pas ses comptes de campagnes. Sarkozy s’est révélé un chef de guerre dont la tactique a porté ses fruits pour arriver jusqu’au pouvoir, misant sur le clivage et la division dans la société, puis un piètre chef d’Etat sans vision, amené à faire une chose et son contraire. Sa stratégie de droitisation n’a pas enterré le FN et a plongé la droite dans une crise morale. Son défaut de respect pour les institutions et la justice ont amoindri la fonction. Il prétend aujourd’hui « construire une alternative crédible ». La droite peut se faire du mouron.

Avec tel chef de l’UMP relookée, François Hollande peut reprendre des couleurs. Même si sa politique n’est pas lisible. Même si son premier Ministre ne pouvant plus adopter sa méthode de la moindre réforme pour préserver sa cote de popularité et la voit s’effriter. Se présentant comme celui qui va tout gagner (alors qu’il a tout perdu), celui qui a tout compris (même si c’était bien trop tard), M. Sarkozy est l’unique leader de droite susceptible de donner à M. Hollande une chance de gagner la prochaine élection présidentielle en dépit d’un bilan impossible à assumer. Enfin une bonne nouvelle pour la gauche socialiste.

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