Sécurité: une idée de promesse pour la prochaine élection présidentielle ? [ 06/27/2014 ]

[ 06/27/2014 ]

Le vide sidéral en matière de réflexion sur la sécurité quotidienne devient épuisant. Les responsables politiques cherchent à en faire le moins possible, avec un succès qu’on ne pourra leur retirer en la matière. La France n’a toujours pas de doctrine en matière de prévention, qui est pourtant l’alpha et l’oméga de la sécurité quotidienne. Après que Sarkozy a défait la police de proximité, Valls a défait la seconde innovation majeure introduite au début des années 80, les CCPD. Les conseils communaux avaient pour particularité de placer au cœur de la prévention les maires qui avaient évincé les préfets au rand de président, et ceci dans le but d’ancrer durablement les politiques dans les territoires et les placer aux mains de ceux qui les représentent (une politique de prévention doit être adaptées aux caractéristiques locales). Le grand retour en arrière, de 30 ans, effectué par Valls aura été de placer les zones de sécurité prioritaires sous l’égide du préfet, comme avant la décentralisation ! Quel progrès.
En matière de doctrine, on n’est pas sorti de la politique du chiffre, malgré les promesses. En effet, il aurait fallu la remplacer par autre chose, ce qui supposerait d’y réfléchir. Trop compliqué, pas à la mode, un bon slogan est plus rentable. Et le désert concernant la prévention est affligeant. L’ignorance des effets de la prévention en France est une réalité qu’on comprend bien : si les vertus ne sont pas étudiées ni enseignées aux fonctionnaires, il y a peu de chances qu’ils soient touchées par la grâce laïque.
Et, pourtant les résultats des recherches les plus rigoureuses sont sans ambiguïté. Lawrence Schweinhart vient de publier un article de plus dans le Journal of Experimental Criminology (l’application des techniques dites expérimentales à l’administration de la preuve en criminologie). Il y décrit les effets des programmes de prévention dans les familles défavorisées aux Etats-Unis. Les jeunes afro-américains dotés d’une faible capacité scolaire à l’âge de 3-4 ans ont été intégrés dans une étude longitudinale très longue. Au début du programme, et pendant deux ans, ils ont été suivi deux heures et demi par jour, tandis que les enseignants rendaient visite aux familles une fois par semaine pour les engager dans le processus. L’idée est que l’école et la famille combinent et coordonnent leurs efforts pour aider les enfants à développer leurs habiletés sociales et cognitives. Ces enfants ont été comparés à ceux qui ont suivi un parcours normal, et ce pendant 40 ans. De sorte qu’on peut évaluer les effets du programme à différentes étapes de la vie. Les enfants du groupe expérimental sont plus souvent sortis diplômés du lycée, ont plus souvent trouvé du travail, ont un revenu plus élevé et sont plus souvent propriétaires. Ils ont moins souvent été arrêtés pour vol, pour violence ou infractions liées aux stupéfiants. Et moins souvent condamnés à de la prison.
Il est démontré que les programmes pré scolaire ont des effets positifs sur les capacités intellectuelles, et par contrecoup sur les résultats scolaires 10 ans plus tard, et finalement sur une moindre implication délinquante au cours de la vie. Les économies pour la sociétés sont importantes : lorsqu’on observe que le groupe expérimental est deux fois moins souvent incarcéré par rapport au groupe témoin, et que l’on connaît le coût d’une journée de prison pour la société et l’impact quasi nul sur la récidive (ceci est variable suivant les types de délit), on comprend la valeur économique de ces actions de prévention. Le coût du programme est plus que remboursé par les retours sur investissements du fait des économies.
Plutôt que de courir après les annonces spectaculaires pour promettre une réduction de la délinquance dans les deux ans qui viennent, quand ce n’est pas dans les deux mois, et de n’avoir finalement guère de prise sur les délinquances violentes, nos ministres et autres responsables seraient bien inspirés pour une fois de se préoccuper d’investir dans une politique de long terme construite sur des preuves scientifiques solides (plutôt que sur les groupes d’intérêt qui crient le plus fort) et dont on peut mesurer les bénéfices pour la société et les finances publiques. Une idée de promesse pour la prochaine élection présidentielle ?
Référence : Schweinhart, Lawrence J. (2013). Long-term Follow-up of a Preschool Experiment. Journal of Experimental Criminology, 9, 389-409.

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