Sondage exclusif : la police raciste pour 40% des Français. [ 05/25/2011 ]

[ 05/25/2011 ]

Pour la première fois en France, une équipe de sociologues analyse le rapport entre la population et les forces de l’ordre. Interview de Sébastien Roché, chercheur, par Olivier Toscer, Le Nouvel Observateur, 25/05/11 à 13:12

Comment la France voit-elle sa police ? Et surtout, la voit-elle partout sous le même angle ? Pour la première fois, une équipe de sociologues a décidé de confronter le ressenti du pays dans sa globalité avec celui du 9-3, le département emblématique des ghettos sociaux et ethniques à forte teneur en délinquance. Les résultats décrivent plus finement qu’aucune autre étude les contours du fossé qui se creuse inexorablement entre les forces de sécurité et la population. Spécialement dans les quartiers difficiles.

Réalisé dans le cadre du projet Euro-justis de l’Union européenne, cette enquête inédite a été coordonnée par Sébastian Roché, directeur de recherche au CNRS. Cet expert en politique de sécurité en analyse, pour le Nouvel Observateur, les principaux enseignements.

Le Nouvel Observateur : Quatre Français sur dix pensent que les forces de l’ordre sont racistes. C’est énorme !

Sébastian Roché : Effectivement, les différents résultats portant sur la perception du racisme et de la xénophobie sont alarmants. D’autant qu’ils ne sont pas le seul reflet de l’opinion des minorités mais de la France entière. Le différentiel entre la Seine-Saint-Denis et la France entière n’amplifie le malaise que d’environ 10 points.

Ces chiffres devraient interpeller les pouvoirs publics qui, jusqu’ici, ont toujours préféré se voiler la face. La Place-Beauvau a toujours refusé de mesurer ces phénomènes, négligeant de mettre en place des observatoires spécialisés ou des formations spécifiques sur la discrimination policière, contrairement à d’autres pays voisins comme la Grande-Bretagne, par exemple, ou même l’Allemagne. D’ailleurs, lorsque je présente des études étrangères sur cette dimension dans la formation que je dispense à l’école des commissaires, les élèves, qui sont habitués à raisonner sur une fausse égalité des citoyens devant la loi, sont toujours très surpris et intéressés.

Le fait que les habitants de la Seine-Saint-Denis aient des rapports beaucoup plus difficiles avec la police que dans le reste de la France est révélateur de problèmes spécifiques avec les minorités ?

– On voit bien que, dans les faits, le côté national de la police est assez fictif. Il y a une France à deux vitesses devant la police. Dans les banlieues, près de 40% de la population n’est pas satisfaite quand elle appelle au commissariat, contre 20% dans la France entière. Les forces de l’ordre ne rendent donc pas le même service partout. Elles ont du mal à répondre à la demande dans les zones où leur action est la plus demandée.

Malgré tout, la police garde globalement la confiance de la population française…

– Heureusement, et il faut se servir de cet atout. C’est ce qu’avaient déjà montré d’autres études. Mais la nôtre met en relief deux enseignements : d’une part, la cote d’amour policière est bien plus basse dans les quartiers difficiles que dans la France entière. Et, d’autre part, elle se situe globalement bien en dessous de celle de la gendarmerie. J’en déduis que les Français plébiscitent pour les forces de l’ordre un modèle moins offensif, moins conflictuel que celui de la Police nationale ces dernières années. Que la proximité relationnelle, le point fort de la gendarmerie, est largement appréciée.

Ce déficit d’image est peut-être dû au fait que, installée en zone urbaine de forte délinquance, la police réprime plus que la gendarmerie, implantée dans les zones rurales plus calmes ?

– Pas du tout. Les chiffres montrent que les contrôles routiers, par exemple, même fréquents, sont assez bien vécus. Entrer en contact avec un policier à la recherche d’infraction n’est donc pas forcément désagréable si c’est fait de manière professionnelle. Cela le devient beaucoup plus dans d’autres types de contacts, comme les contrôles d’identité par exemple.

Pourquoi ?

– Les policiers sont bien mieux formés au contrôle routier, où il existe des protocoles clairs et des formations spécifiques. Ce n’est pas le cas dans les autres interventions policières, où l’improvisation a plus de place et où les agents sont moins bien formés. On le voit à travers la mauvaise image véhiculée par la police auprès des jeunes adultes de banlieue, la clientèle habituelle des policiers. Plus d’un sur deux vit mal ses rapport avec les policiers. Concrètement cela signifie qu’aujourd’hui, une intervention de la police dans un quartier difficile se fait au milieu d’une population majoritairement hostile. La situation est explosive.

Propos recueillis par Olivier Toscer – Le Nouvel Observateur

Article publié dans le Nouvel Observateur daté du mercredi 25 mai 2011

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