Surdélinquance, noyaux durs et élection présidentielle. [ 09/25/2011 ]

[ 09/25/2011 ]

Lors de la campagne de 2007, certains résultats de la recherche ont été politisés, c’est-à-dire utilisés dans le début public. Rien d’anormal. Au contraire. A quoi servirait une recherche qui se tiendrait dans une tour d’ivoire et ne saurait informer sur les objets qu’elle étudie. Un de ces résultats à été produit (et répété) par les équipes que j’animais, et publié dans un ouvrage (La délinquance des jeunes, ed Seuil). Il concerne les taux de concentration de l’activité délinquance sur certaines fractions de la population. Dans le langage politique on dit « les noyaux durs ». Ou encore les multi réitérants (dont une minorité est multi récidiviste sans doute).
On a donc entendu en 2007 que 5 % des délinquants commentent la moitié des délits en France dans la bouche du candidat président, sur la base des petites fiches que lui avaient rédigées ses conseillers. Depuis, on l’avait un peu oublié. Mais, avec la campagne de 2012 (qui a déjà commencé à bien des égards), le même motif surgit à nouveau: 5% des délinquants etc…
L’idée d’une concenration de la délinquance n’est pas fausse. Nous avons retrouvé cette observation en France, et dans les pays étrangers qui ont eu recours à des études de délinquance auto déclarée pour mesurer le nombre de délits commis par des individus sur des périodes de références temporelles (souvent une année). Une enquête autodéclarée comptabilise au cours d’une sorte de sondage suivant une méthodologie internationale validée par les pairs les comportements déviants, délinquants ou autre au sein d’un échangillon. La fiabilité de l’opération repose sur la qualité du questionnaire et de l’échantillon notamment.
En divisant le nombre de délits (de toutes sortes) déclarés par tous les individus d’un échantillon par le nombre d’individu ayant donné une réponse valide, on connait le nombre moyen de délits par personne enquêtée. Et on peut ensuite regarder les plus actifs des délinquants auto déclarés pour voir combien « ils pésent » dans le total des délits.
Les résulats montrent que 5% des jeunes d’un échantillon représentatif pèsent de 60 à 85 % du total des délits, le trafic étant bien plus concentré (85%) que le vol simple par exemple. Si l’on regarde maintenant la formulation statistique qui s’approche le plus du slogan politique (5% des délinquants comment 50% des délits), on travaille sur un sous échantillon, celui des personnes ayant commis au moins un délit. Et à l’intérieur de cet échantillon, on trouve que les 5 % les plus actifs pèsent plutôt 35 % des délits. La différence est due au dénominateur (tout l’échantillon ou tous les délinquants).
Ces études, bien que répétées plusieurs fois en population générale, portent des agglomérations de taille moyenne (500 000 habitants). Il y a fort à parier (et à vérifier) qu’elles sont en dessous de la réalité pour les très grandes villes du fait des phénomènes de « professionnalisation » de la délinquance. Cependant l’enquête ne l’a pas prouvé. De plus, elle portait sur les 13-19 ans seulement. Ainsi, on n’a pas d’idée de la concentration de la délinquance familiale par exemple. Ou de la délinquance des jeunes adultes (de 25-30 ans) spécialisés dans le vol – recei de voiture.
Nous avons répété ces études chez les jeunes de la pjj (placés par le juge en tant que délinquants), dans le département de l’Isère uniquement. On voit que les taux de délits par individus sont nettement plus élevés que ceux qu’on obtient en population générale. En effet, les jeunes placés ont un solide palmarés délinquant. Si on les incluait dans l’échantillon total des jeunes d’un département (les scolarisés, les ‘pjj’), on obtiendrait une concentration plus forte qu’en en regardant que les sondages représentatifs. Mais, on ne peut pas le faire de façon rigoureuse, ne disposant dans le même département des deux échantillons.
Le vrai problème derrière ce problème (si j’ose dire), c’est de savoir quoi faire pour limiter la récidive des mineurs identifiés et placés. Et là, les réponses apportées sont bien plus erronées que les estimations de 5% de délinquants fauteurs de 50 % des délits. Election présidentielle oblige.

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