Toulouse touchée par des actes terroristes : les questions en suspens. [ 03/26/2012 ]

[ 03/26/2012 ]

A un mois et demi de l’élection présidentielle, dans un contexte marqué par la difficulté du Président Sarkozy à convaincre sur son changement de style et sur la pertinence de sa politique économique l’incroyable se produit. Un événement qui touche directement la sécurité des citoyens (et des enfants en particulier) et de l’Etat (le terrorisme menaçant la souveraineté territoriale) se produit, avec une violence rare et inconnue depuis longtemps la France ayant été à l’abris des attentats qui ont touché, depuis le 11 septembre 2001 les Etats-Unis, puis la Grande-Bretagne et l’Espagne. Or, la sécurité est le thème de campagne sur lequel les Français continuent à donner une plus value au candidat de l’UMP y compris face à M. Hollande. Au beau milieu de la campagne, même si tous les candidats disent la suspendre, nul n’est dupe : elle ne peut cesser. Le drame serait-il de nature à rebattre les cartes ? Nul ne le sait pour le moment.
Mais, cette affrontement politique (politisation tout à fait logique, la campagne est un processus qui est fait pour faire entrer des thèmes dans le programme politique des candidats) a-t-il des liens avec les tueries ? A-t-il des liens avec la séquence qui précède les meurtres et aussi avec celle qui lui succède, la manière dont est géré le siège du suspect M. Meha ?
Une fois encore, les réponses ne sont pas encore disponibles fautes d’informations vérifiées de manière contradictoire et systématique. Cependant, lorsqu’on met bout à bout les éléments d’informations et les déclarations des responsables, on s’interroge. On a appris que M. Mehra était suivi par le renseignement parce qu’il avait un profil particulier (du fait de son casier judiciaire en France, mais aussi de ses voyages nombreux au Moyen-Orient et en Afghanistan notamment, et enfin du fait qu’il y a une une plainte à son encontre qui rapporte qu’il se réclamait d’Al Qaida en 2010). Puis, M. Guéant a déclaré que la DCRI (les espions policiers français) n’avait pas les moyens de suivre tous les résidents en France ayant ce profil. Or, la presse a cité des sources diplomatiques indiquant que cela représente 100 Européens, soit une dizaine de personnes en France et probablement entre 1 à 3 dans la région de Toulouse. La DCRI compte quant même 4500 agents et a été créée précisément dans la période post 11 septembre pour que la France soit plus forte face à ce type de menace. Qui est surveillé si ce n’est des personnes radicales qui partent s’entraîner et qui revenues en France se procurent des armes et des explosifs ? On a ensuite entendu M. Guéant dire qu’on manquait d’éléments pour l’arrêter avant les meurtres et pour le localiser rapidement. M. Fillon a déclaré à RTL qu’il n’existait « aucun élément permettant d’appréhender Mohamed Merah » avant ses tueries » Mais, on a appris par la suite qu’il avait bien des armes de guerre en sa possession, n’est-ce pas un délit ? Et qu’il avait un entretien « administratif » avec la DCRI, cela ne suppose-t-il pas une capacité à le localiser ? L’hypothèse de la radicalisation individuelle ne va pas de soi lorsqu’on voit le nombre de voyages et l’équipement à tuer accumulé par M. Mehra. Il serait intéressant de savoir quels sont les liens entre la DCRI et le gouvernement dans ce type d’affaires, à quel degré elles sont pilotées politiquement. On ne doit jamais oublier que les responsables des différentes polices sont des civils dans les pays démocratiques. Il serait également utile de mieux comprendre pourquoi il est passé à l’acte en mars 2012, qu’est-ce qui a bien pu déclencher dans sa tête la décision de tuer en masse.
Après l’identification par la police judiciaire, le suspect est cerné dans son domicile de Toulouse. Là encore, les questions sont légion. Pourquoi dans un premier temps le RAID se précipite en pleine nuit à l’intérieur du domicile du suspect dont on connaît le profil (entrainé, armé, visiblement préparé) ? Le RAID est composé de professionnels aguerris, s’agit-il d’une erreur d’appréciation technique ? Ou le ministre de l’Intérieur sur place veut-il pouvoir annoncer très vite que le problème est résolu et pousse-t-il pour accélérer le processus ? Dans ce cas, l’explication est plus politique. On sait que Madame Joly a souligné que ce n’est pas la fonction du ministre de conduire une opération de police judiciaire ni de communiquer sur son développement d’après la loi (le code de procédure pénal), mais bien celle des autorités judiciaires en charge. M. Guéant était sur place parce que le Président lui avait dit d’y rester jusqu’à ce que l’affaire soit résolue. Des professionnels de l’intervention, plusieurs, ont émis des doutes sur la tactique de cette première tentative : pourquoi ne pas tendre une souricière à l’extérieur ? Pourquoi intervenir sans avoir fait évacuer le bâtiment alors que le terroriste pouvait posséder des explosifs et donc causer des dommages considérables ?
Pourquoi donc s’être dirigé vers une première intervention, d’où trois policiers ressortent blessés, puis ensuite attendre plus d’une journée ? N’y avait-il pas, au final, d’urgence ? Puis, dans un second temps, pourquoi choisir un assaut dans lequel le suspect va perdre la vie ? En effet, M. Guéant a répété qu’il voulait avoir M. Mehra vivant. Or, en l’acculant plutôt qu’on le forçant à sortir d’un immeuble (évacué cette fois), ne se dirigeait-on pas tout droit vers cette issue ? Là encore, des professionnels de l’intervention ont émis leurs interrogations sur la pertinence technique du choix. Mais, est-ce bien la pertinence technique qu’il faut regarder dans une affaire dont les conséquences politiques n’échappent à personne ? Après la mort de M. Mehra, les responsables politiques ont annoncé que les policiers avaient agi en état de légitime défense et que le suspect avait continué à tirer en se jetant du balcon. M. de Hautecloque, chef du Raid, a déclaré au Figaro «Nous avions engagé uniquement des armes non létales. J’avais donné l’ordre de ne riposter qu’avec des grenades susceptibles de le choquer». Mais pourquoi dans ce cas avait-il deux balles dans la tête et des dizaines d’impacts sur le corps d’après l’autopsie ? Aurait-on appris des choses qui auraient ajouté à la confusion du dossier s’il était sorti vivant ? Encore une fois, nul ne peut l’affirmer, et il faut être très prudent à ce stade.
S’il ne fait guère de doute que Mehra était dangereux et se préparait à continuer à l’être, et qu’il est maintenant neutralisé, il n’en reste pas moins que cette histoire est lourde. Avec 7 victimes tuées, 5 policiers blessés et le suspect également décédé, elle se révèle tout à fait hors norme. Il va être intéressant de suivre les évolutions, et notamment de savoir si les parlementaires vont s’en saisir. En effet, les commissions d’enquêtes se sont révélées précieuses dans le passé (notamment dans l’affaire des paillottes en Corse) pour diagnostiquer les dysfonctionnements, ouvrir un débat public et proposer des solutions. Car si les services de police rendent compte au gouvernement et à la justice, le gouvernement lui-même le fait devant le Parlement.
Après la mise en cause de la « police des polices », après l’affaire des fadettes, après celle de Tarnac, à nouveau la presse pose la question du fonctionnement des services qui sont le plus proche du pouvoir exécutif. Mais, la police n’agit pas dans le vide. La définition même de la police est d’être une force mise en place pour servir une autorité supérieure. Il me semble que l’on doit aussi, et peut-être surtout, réfléchir aux liens qui existent entre police et politique, entre police et gouvernement, tels qu’ils sont codifiés par la loi et aussi tels qu’ils ne le sont pas (il peut y avoir des vides, par exemple en termes de nominations aux plus hauts postes, ou dans la définition légale de l’action des services qui pourraient être revus), et des moyens confiés aux parlementaires de contrôler ces relations. Seule une enquête méticuleuse pourrait permettre d’apporter certaines réponses.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s