Un motif futile fait un mort et deux blessés graves? Mais pourquoi donc? [ 04/24/2009 ]

[ 04/24/2009 ]

On a souvent tendance à croire que les faits très graves ont des causes également très sérieuse, que les conséquences sont à la hauteurs des motifs. Cais cela n’est rien de moins qu’évident. Et en général pas fondé. On le voit avec les affrontements qui ont eu lieu au milieu de la nuit à Paris. Il faut observer la séquence des éléments pour comprendre. Et que voit-on? On retrouve un scénario bien banal avec un détonateur semble terriblement futile, une personne membre d’un groupe qui se ridiculise devant d’autres lors d’une chute. Mais l’enjeu se révèle être de taille : dans ces cas là, les jeunes hommes veulent garder la face à tout prix. Dans ces groupes composés d’adolescents, la virilité est très affirmée, il faut montrer ce que l’on vaut, y compris par la force: s’il le faut, « les vrais hommes savent se battre ». Les mauviettes s’écrasent. Ce que l’on montre aux autres est très important, l’image et l’honneur individuels, prépondérants. A tout moment il faut faire face, tenir la face. Dans cette logique d’honneur individuel face au groupe l’escalade peut se produire à tout moment. Celui qui ne défend pas son honneur, qui fait demi-tour, est le lâche de la bande ou du groupe de copains. Il sait que les autres membres du groupe, témoins de l’incident, véhiculeront soit les faits d’armes s’il a réagi « comme il faut », soit le déshonneur, une fois rentrés dans leur quartier de résidence. Lorsqu’on passe beaucoup de temps dans la rue, avec les copains, ce qu’ils pensent est le plus important, plus même que ce disent les adultes ou les autres référents. Dans ce cas très précis, il n’a pas été question d’affrontement en règle entre bandes rivales. On connait principalement 3 grands motifs à ces bagarres qui dégénèrent. Il s’agit de défendre l’honneur soit de son « territoire-identité », parfois son « territoire-zone de trafic », ou de encore défendre l’honneur de l’un contre l’humiliation de l’autre. On aura noté que les jeunes impliqués sont majoritairement, mais pas exclusivement, issus de quartiers populaires. Pourquoi pourrait-on se demander? Je crois que ces jeunes souffrent surtout de n’avoir pas de statut social propre. Il y a un facteur lié à l’âge. Adolescents, ils sont dans une drôle de période de la vie, une sorte d’« entre-deux ». Etre c’est souvent paraître à ce moment. En outre, certains jeunes issus de milieux défavorisés, et qui par ailleurs ne s’en sortent pas à l’école, sentent comme une obligation d’être au moins « bons dans la rue ».On se lancera d’autant plus dans un acte apparemment inconsidéré (dans les yeux « des autres », les spectateurs extérieurs, les lecteurs du journal, la police etc…) qu’il est lourd de sens pour soi. Se faire justice contre quelques rires peut nécessiter de laver le déshonneur dans le sang. Au moins, on sauve la face, on se réalise en montrant sa valeur dans un domaine, et ainsi on peut avoir ce statut qui fait défaut par ailleurs. Une personne avec un statut social affirmé n’a en général que faire qu’on se moque d’elle, elle a des compensations dans sa vie professionnelle, elle est pressée de passer à autre chose même si elle est contrariée. Quelqu’un qui pense être peu de choses n’a guère que son honneur individuel à défendre. Sebastian Roché, CNRS, Université de Grenoble, Institut d’Etudes Politiques

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