Uteq, police de proximité… retour sur le futur [ 08/18/2010 ]

[ 08/18/2010 ]

Article publié dans libération 15 avril 2010

*INTOX*

En matière de sécurité publique, l’angélisme supposé de la gauche est un thème favori de la droite. Sur le sujet, la majorité a toujours un coup de griffe à donner contre la naïveté des socialistes. Parfois, le trait est forcé jusqu’à la caricature. Dimanche, sur i- Télé, Brice Hortefeux revenait sur la police de proximité, lancée par le gouvernement Jospin à partir de 1999, puis dézinguée par Sarkozy en 2003 : /«On a dit non à la police de proximité telle qu’elle était : les policiers étaient transformés en espèce de socio-éducateurs sportifs.»/

*DESINTOX*

Caricaturer la défunte police de proximité est un exercice dont la paternité revient à Nicolas Sarkozy. En 2003, celui qui était alors ministre de l’Intérieur avait flingué la «/pol- prox»/ mise en place par ses devanciers socialistes (Jean-Pierre Chevènement puis Daniel Vaillant). A Toulouse, Sarkozy avait étrillé trois îlotiers : /«La police n’est pas là pour organiser des tournois sportifs mais pour arrêter des délinquants. Vous n’êtes pas des travailleurs sociaux.»/ Depuis, ses successeurs place Beauvau se sont chargés de faire perdurer le cliché.

Quand, ironie de l’histoire, Michèle Alliot-Marie a annoncé début 2008 la création d’«unités territoriales de quartier», qui furent largement assimilées à une résurrection de la « pol prox », elle a pris soin de préciser qu’il ne s’agissait pas de remettre en place une police /«qui joue le rôle d’associations»/. Comprendre : comme le PS l’avait fait. Le problème est que cette vision, que Hortefeux propage à son tour, relève du mythe.

La police de proximité à la sauce socialiste avait consisté à mettre en place des équipes polyvalentes et territorialisées. Leur mission : discuter avec la population et les acteurs locaux de la sécurité, enregistrer les plaintes, mais aussi mener des enquêtes et arrêter les délinquants. /«Le propos du ministre est d’autant plus faux que la spécificité de la police de proximité française, par rapport à celles qui existaient ailleurs, tenait justement à ce qu’elle avait une dimension de police judiciaire de quartier»/, note Sebastian Roché, sociologue spécialiste de la sécurité, et auteur d’un ouvrage sur le sujet (1).

Nicolas Comte, secrétaire général du syndicat SGP Unité Police a aujourd’hui un discours critique au sujet de la réforme… Mais davantage à propos de son installation que sur ses missions. /«Ce qui a tué la police de proximité, c’est sa généralisation à marche forcée dans un contexte de manque d’effectifs. //Mais dans les quartiers où elle avait été mise en place à titre expérimental, comme à Clichy-Montfermeil par exemple, elle a permis d’avoir de vrais résultats. C’était une police opérationnelle, qui faisait de la prévention, de la répression, du démantèlement de trafics de stupéfiants, etc.»/ On est loin de l’animateur de rue brocardé par la droite. Il n’empêche, pour Sebastian Roché, /«l’offensive de com de Sarkozy en 2003 a été un vrai succès. La preuve est qu’elle perdure». /Même fausse.

(1) Police de proximité, Le Seuil

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