Valls va-t-il réussir son pari ? [ 04/13/2013 ]

[ 04/13/2013 ]

Le ministre de l’Intérieur a eu le mérite de la clarté : il ne veut rien imposer aux syndicats de police et aux personnels. Dès juillet 2012, à peine arrivé, il a affirmé : « rien ne se fera sans vous » devant la dernière promotion de l’ENSP, l’école des commissaires de police (et bientôt aussi celle des officiers). Il a réduit sa mission, comme nombre de ses prédécesseur, à celle de « premier flic de France », un titre que Le Figaro adore voir porter au pinacle par le ministre. Sa mission dit-il aux policiers est « de vous soutenir, de vous faire confiance et de vous protéger ». Et la société à qui la constitution promet le bénéfice de l’existence d’une force publique ? Et l’idée que le gouvernement est celui du peuple, pour le peuple ? Un peu ringard sans doute. Connaît-on une organisation qui veut changer et qui prépare le changement ? Non, en matière de politiques policières, le changement ne se produit que s’il est décidé par les autorités politiques, et suivi par le travail de conviction nécessaire.
Promettre aux personnels de police qu’on ne fera que ce qu’ils permettent, c’est assurément promettre qu’on ne fera rien. On pourra éplucher en vain les tracts syndicaux en espérant y trouver autre chose qu’une demande d’augmentation des effectifs, des primes et une amélioration des conditions de travail. Bref, plus de ce qu’on fait déjà. Et les changements ? Ah oui, une augmentation des peines encourues pour ceux qui touchent aux fonctionnaires. Et ? Et c’est tout.
Promettre qu’on ne fera rien et s’y tenir n’est pas aisé, il ne faut pas sous estimer la tâche de M. Valls, car le Président avait fait quelques promesses pendant la campagne, notamment de toucher au talon d’Achille de la police française, son déficit de légitimité et de confiance lorsqu’on la compare aux grands pays avancés (évidemment, par rapport aux pays en voie de développement, on fait mieux. Enfin pas pour tous. On se reportera aux enquêtes européennes comme les eurobaromètres, aux travaux du groupe Eurojustis ou encore aux études pour le world economic forum). Et en particulier à la tension police – minorités. M. Hollande avait promis une mesure qui permettrait de suivre les pratiques de contrôle des agents afin de limiter le contrôle dit « au faciès » et les comportements familiers comme le tutoiement – dont s’est plaint M. Urvoas aux assises de la formation en janvier 2013 après en avoir été personnellement victime.
M. Valls semble bien parti pour réussir son pari : être populaire sans rien changer. Est-ce si paradoxal ? Non, car un leader politique qui conduit le pays peut utiliser son crédit de légitimité pour agir, au risque de l’entamer. Ou bien ne pas le gâcher en fâchant une institution habituée au modèle néocorporatiste, c’est-à-dire de gestion à guichet fermé des relations entre le ministère et les syndicats. C’est notre modèle français, qui contrairement à ce qui se passe dans le secteur des entreprises, n’a pas évolué. Ce qui n’est pas dire que les agents ne sont pas des professionnels, c’est le système qui doit être changé, pas les hommes et les femmes.
La police qui intéresse le pouvoir central en France est celle qui par définition le sert : le renseignement. C’est sur le renseignement que M. Sarkozy a fait porter ses réformes de structure et sur rien d’autre. C’est sur le renseignement et sur rien d’autre que M. Valls va faire porter les réformes de structure. Le poids des institutions et des syndicats écrase un ministre normal de l’intérieur. Et la police des citoyens, la sécurité publique ? Rien. Encore une fois rien, la France a déjà perdu 20 ans quand nos voisins occidentaux, pour certains, progressent. Le jugement est-il trop sévère ? La politique globale: un slogan. Les ZSP: un trait de crayon sur une carte d’agglomération (je ne suis pas sûr que le ministre le sache, d’ailleurs). Rien pour la sécurité publique, pas d’approche nouvelle, pas de réforme des institutions locales pour coordonner – enfin – prévention et répression. J’espère me tromper, évidemment, et que M. Valls se décide à consommer sa popularité pour agir. Bientôt, déjà, un an. Il reste peu de temps, car les réformes de structures ne peuvent se faire que dans la durée moyenne d’un mandant, pas lorsque celui ci arrive à sa fin.

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