Valls versus Taubira: Le Monde doit revoir sa copie. [ 08/15/2013 ]

[ 08/15/2013 ]

Dans son édito du 15 août 2013, Le Monde explique que « l’affrontement entre Manuel Valls et Christiane Taubira sur le projet de réforme de la politique pénale en préparation est symptomatique du clivage profond qui continue à diviser la gauche dès qu’il est question d’arbitrer entre sécurité et liberté, entre police et justice, entre protection des citoyens et promotion de l’Etat de droit ».
Je ne pense que la question est mal posée par le quotidien, que les trois sous questions sont en fait bien différentes les unes des autres, et que ce genre d’amalgame continue à rendre plus confuse la situation.
Il ne s’agit en effet pas d’arbitrer en sécurité et liberté contrairement à ce qui est affirmé. Pourquoi postuler que la position de Valls renforcerait la sécurité ? Le Monde pense-t-il que l’application automatique des peines et un taux d’incarcération plus élevé est une garantie de la sécurité quotidienne des Français ? Si Le Monde le pense, c’est simplement une grossière erreur d’analyse. Si Le monde ne le pense pas, c’est également une erreur de l’avoir écrit.
L’équivalence entre sécurité et police, et entre justice et liberté est tout autant dénuée de fondement, à la fois d’un point de vue pratique et d’un point de vue juridique. Du point de vue juridique, la police se voit assigner la mission de protéger les biens et les personnes mais aussi les libertés individuelles. La justice a aussi une mission de sécurité, sinon comment expliquer les dispositifs de neutralisation des délinquants (y compris d’incarcération) et ceux insuffisants de réinsertion.
Du point de vue pratique, c’est simplement une autre erreur de faire équivaloir police et sécurité, et c’est la rhétorique sarkoziste qui a tenté d’enfoncer ce coin dans le cerveau des citoyens (et apparemment de certains journalistes). La police est un des organes qui peut contribuer à la sécurité quotidienne en fonction des actions entreprises, mais certainement pas l’organisation qui détermine le niveau de sécurité d’une société. Il n’existe même pas de corrélation grossière entre taille des polices et taux de délinquances concernant les citoyens. De très nombreux aspects de la sécurité sont en tout ou partie extra policiers (la sécurité des transactions sur internet, des banques, des aéroports pour ne citer que quelques exemples).
L’opposition finale faite par la rédaction entre protection des citoyens et promotion de l’état de droit est tout autant bancale. Faudrait-il penser que l’état de droit ne renforce pas la protection des citoyens ? On voit dans l’actualité immédiate que l’absence d’état de droit en Egypte, par exemple, est une menace directe et mortelle pour les citoyens qui s’attaquent entre eux et sont attaqués par les militaires et policiers hors de toute mesure et avec une force pour le moins non proportionnée. Plus hexagonalement parlant, c’est bien la protection des droits des mineurs qui est une garantie de la sécurité : en évitant l’incarcération inutile, en accompagnant les mineurs dans l’exécution des peines privatives de liberté lorsqu’elles sont nécessaires, on limite la récidive. Et on protège donc les citoyens.
Contribuer à améliorer la compréhension des relations entre sécurité et liberté dans un pays implique que les médias, qui organisent le débat public pour une part importante, jouent leur fonction et ne se limitent pas à se satisfaire de clichés éculés ou de concepts ronflants.

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