VIDEOSURVEILLANCE: On développe un système sans preuve de son efficacité [ 08/17/2007 ]

[ 08/17/2007 ]

VIDEOSURVEILLANCE
« On développe un système sans preuve de son efficacité »
NOUVELOBS.COM | 16.08.2007 | 17:30

S’inspirant de la Grande-Bretagne, la ministre de l’Intérieur, Michèle Alliot-Marie, souhaite étendre le système de vidéosurveillance en France. Quels sont les résultats de cette méthode outre-Manche ?

– On peut évaluer la vidéosurveillance à deux niveaux : d’une part, elle est susceptible de faire baisser le nombre d’incivilités et, d’autre part, elle peut contribuer à l’avancée de l’enquête dans l’identification des auteurs d’un délit.
La vidéosurveillance comme outil de dissuasion dans la lutter contre la délinquance donne des résultats controversés.
Dans les milieux fermés, comme les banques ou les parkings privés, la vidéosurveillance offre une bonne protection, puisque les malfaiteurs ont de fortes chances d’être identifiés et arrêtés.
Dans les espaces ouverts, notamment dans la rue, aucune étude ne prouve que la vidéo ait un effet bénéfique. Non seulement les gens sont difficilement identifiables, mais, en plus, les contraintes extérieures (luminosité, angle mort) rendent l’efficacité de la vidéo aléatoire.
La contribution de la surveillance vidéo à l’enquête est positive lorsque des témoins peuvent donner des informations précises permettant de cibler la recherche d’extraits vidéo. On a beaucoup mis en avant l’efficacité de la vidéosurveillance dans la recherche des auteurs des crimes en donnant l’exemple de l’enquête sur les attentats de Londres, en 2005. C’est une erreur de généraliser ces bons résultats à l’ensemble des enquêtes. En effet, les terroristes savaient qu’ils allaient mourir et, donc, ne se cachaient pas. Cela explique que l’on n’a eu aucun mal à les identifier.

Pensez-vous que l’extension de la vidéosurveillance en France est la solution pour réduire la délinquance ?

– Je pense que les raisons du développement de la vidéosurveillance dans le pays ne sont pas liées aux résultats obtenus. C’est regrettable car on est en train de développer un système sans avoir de preuve de son efficacité. Les deux villes françaises qui ont développé la vidéosurveillance, Lyon et Marseille, ne rendent pas publics les résultats de l’évaluation du système, tant ils sont peu probants.
Par ailleurs, je suis en désaccord sur le fait de présenter la vidéosurveillance comme remède unique à toutes les formes de délinquance, du terrorisme à l’incivilité.
Outre-Manche, la vidéosurveillance est gérée par la police dont elle est une des attributions. En France, l’Etat fait payer aux collectivités territoriales ou aux sociétés de transport le coût et la maintenance de l’équipement. Ensuite, les forces de l’ordre demandent les images aux gestionnaires du système. Si la vidéosurveillance est si importante, pourquoi l’Etat ne s’en charge-t-il pas ?
Cela explique l’effet pervers de la surveillance vidéo : les utilisateurs des images (la police), n’en payent pas le coût. Ils sont tentés d’utiliser beaucoup plus cette ressource faisant alors grimper le prix pour les collectivités.
Concernant le métro parisien, là encore aucune étude n’a prouvé l’efficacité de la vidéo parce qu’aucune n’a été conduite. Il est curieux de vouloir régler un problème sans l’avoir étudié auparavant. En matière de sécurité en France, soit on fait dans le tâtonnement, soit on répond dans l’urgence.

Outre le problème de l’efficacité de la vidéosurveillance, certains craignent des dérives dans l’utilisation des images et des violations de la vie privée, qu’en pensez-vous ?

– Pour éviter les dérives, il faut produire une règlementation et créer une instance de contrôle indépendante. La gestion des images et la protection de la vie privée sont inscrites dans la loi française. Mais il n’existe pas de réelle instance de contrôle, la Cnil (Commission nationale de l’information et des libertés) ne disposant pas de moyen de sanction.
La surveillance vidéo 24 heures sur 24 appartient à la science-fiction pour l’instant. Elle ne sera réelle que lorsque la numérisation des visages permettra à la police de confronter les visages numérisés avec ceux stockés dans une base de données, et ainsi de suivre en permanence quelqu’un. Seule la vidéosurveillance, bien encadrée, n’est pas une menace.

Propos recueillis par Estelle Maussion
(le jeudi 16 août 2007)

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