Vidéosurveillance: on ne peut pas considérer comme scientifique le rapport des inspections. [ 12/13/2010 ]

[ 12/13/2010 ]

L’ancien inspecteur général de l’administration et ancien président du comité stratégique de la vidéosurveillance reconnait qu’on ne peut pas considérer comme scientifique le rapport des inspections.

Dans un entretien donné à l’agence de presse AISG, Philippe Melchior le reconnait: « Le rapport des inspecteurs n’est pas scientifique – on leur a donné quelques mois à peine ».
Ouf, on aurait pu croire que l’administration ne reconnaîtrait jamais le niveau de non scientificité de ce rapport, qui, à mon avis devrait être purement et simplement retiré de la circulation étant donné le nombre d’erreurs de méthodes qu’il contient. C’est un concentré d’erreurs qu’on doit en revanche absolument conserver pour les enseignements relatifs à l’évaluation afin d’expliquer ce qu’il ne faut pas faire aux étudiants. De ce point de vue, on peut dire que les inspections ont rendu service à l’évaluation, mais gageons que ce n’était pas une conséquence anticipée.
L’ancien inspecteur, qui ne peut pas se dédire après tant d’années passées à labourer le terrain de la vidéosurveillance ajoute « mais il est honnête (le rapport), ses conclusions sont au-delà de la marge d’erreur ». On aimerait le croire s’il nous disait ce qu’est la marge d’erreur. Or, l’inspecteur en retraite semble ignorer que la marge d’erreur elle-même dérive d’un calcul rigoureux. Elle ne se décrète pas, la science n’étant pas l’administration ou une chose est vraie parce que le chef l’a dit. Et, de plus, la marge d’erreur ne peut être calculée que lorsque les données ont été proprement collectées. Bref, on ne peut pas parler de marge d’erreur quand on n’a pas bien échantillonné les villes et défini les variables pertinentes. Connaissez vous l’acronyme GIGO? il signifie en anglais garbage in, garbage out, c’est à dire que si l’on met des détritus dans un modèle (aussi sophistiqué soit il), on obtient des détritus à la sortie.
Notre inspecteur sait-il de surcroît que l’inspection a violé les principes de méthodes édictés par Bercy en matière d’évaluation des effets des politiques? Sans doute pas, car il critique les critères scientifiques comme s’ils étaient l’invention des sociologues isolés, marginaux et dangereux. Mais ce n’est pas le cas, les méthodes (approuvées par Bercy) sont bien le produit d’une communauté scientifique internationale et de responsables politiques et administratifs qui les ont adoptés.
On peut lire: « Les chiffres auxquels arrivent les inspecteurs – une diminution de la délinquance deux fois plus rapide en zone police quand il y a de la vidéosurveillance par exemple – sont au-delà de la marge d’erreur. » Ah, la marge d’erreur, la revoilà… Et c’est toujours … non ! Culture administrative et culture scientifique ne font décidément pas bon ménage. Il faudra chercher à les réconcilier dans le futur en matière de sécurité, voilà un chantier intéressant. Il existe un conseil d’analyse économique au ministère de l’économie où les experts présentent les résultats des ‘vraies’ études. Le même mécanisme devrait être créé pour le ministère de l’Intérieur et pour les grandes régions et les plus grandes métropoles.
Ainsi l’analyse rigoureuse pourra être utilement mobilisée pour l’efficacité des politiques publiques de sécurité. J’y crois, c’est possible. Les canadiens le font. Les études se développent en Europe continentale après la GB, qui a le leadership sur ce type de travaux pour le Home Office (leur ministère de l’Intérieur).
Enfin, l’inspecteur ajoute que le rapport « apporte de vrais enseignements ; en particulier que la vidéo est encore plus efficace dans les villes petites et moyennes même avec des dispositifs simples et moins coûteux ». Il faut sans doute les séparer des « faux enseignements » qui sont ailleurs dans le même rapport. Et, non, désolé, il ne peut pas y avoir de vrais enseignements avec une fausse méthodologie, pas plus que de marge d’erreur estimé au doigt mouillé. Il n’y a pas plus de science soviétique que de science du ministère de l’intérieur, il y a une seule et même science valable pour tous. Il semble qu’on soit encore loin de la culture de la « performance » en matière d’évaluation dans l’administration. Mais ne perdons pas espoir, les sociologues savent que les transformations se produisent à une vitesse lente dans les grosses bureaucraties.

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