Woippy: quelles leçons en tirer? [ 01/22/2010 ]

[ 01/22/2010 ]

FRANCE-SOIR. Comment expliquer les violences survenues mercredi soir à Woippy ?
SEBASTIAN ROCHÉ. Il existe un malaise structurel entre les jeunes des quartiers défavorisés et la police qui dure maintenant depuis plusieurs dizaines d’années. Ce n’est pas du tout un phénomène épisodique. Lorsqu’une personne est tuée dans des circonstances qui restent à éclaircir, cela génère forcément de l’émotion. Les gens se demandent si la police a fait son travail ou si elle a « provoqué » l’incident. Cette idée crée un malaise au sein de la population.

Que faire pour y remédier ?
La réponse ne peut pas être instantanée. Cela nécessite des changements longs à mettre en œuvre. Il faudrait créer un organisme permanent indépendant chargé de l’étude des relations entre la police et la population. Comme cela n’existe pas, la connaissance du problème ne progresse pas. Il s’agirait de recenser systématiquement l’ensemble des événements qui conduisent au décès d’une personne en lien avec une action de police. Puis de les décortiquer.
Certains jeunes ne profitent-ils pas d’un tel drame pour commettre des actes de violence à l’encontre de la police ?
C’est possible, oui, mais il ne faut pas leur en donner le prétexte. Il ne doit pas y avoir de jeunes qui meurent dans de telles conditions. La police doit faire en sorte que cela n’arrive pas. Elle sera toujours l’objet de provocations et doit donc apprendre à ne pas entrer dans ce cycle. Il vaut mieux ne pas interpeller des jeunes qu’avoir des morts et une émeute. Mais cela passe par une réforme de la police et de sa doctrine d’action.

C’est-à-dire ?
Si on avait une police de proximité capable de reconnaître les jeunes sur le deux-roues, ce ne serait pas la peine de leur courir après. Les policiers sauraient où les trouver pour les verbaliser si nécessaire. Est-ce qu’on peut faire courir le risque de décès à quelqu’un qui a commis une infraction mineure ? Quand on poursuit des personnes qui n’ont pas de casque, on ne limite pas les risques d’avoir un accident. Le policier a le devoir d’apprécier la situation. Mais cela nécessite qu’il soit formé dans cet esprit. Pour cela, il faut que sa hiérarchie instaure une doctrine d’action qui fasse de cette interprétation de la situation une priorité. Il faut s’interroger sur ce que l’on veut faire faire à la police : le but est-il de mettre un maximum de PV en faisant de bonnes statistiques ou bien de construire un lien entre la police et la population ?

Propos recueillis par Nathalie Mazier, le vendredi 22 janvier 2010 à 04:00
Sébastian Roché, , sociologue et directeur de recherche au CNRS, analyse pour France-Soir les événements de Woippy (Moselle). Il a écrit en 2006 Le Frisson de l’émeute, violences urbaines et banlieues (éd. du Seuil), un an après les émeutes survenues dans les banlieues françaises.

http://www.francesoir.fr/faits-divers/2010/01/22/course-poursuite-scooter-sociologue.html

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