Y’a-t-il une spécificité grenobloise aux violences urbaines ? [ 08/05/2010 ]

[ 08/05/2010 ]

Le Nouvel Observateur.- Y’a-t-il une spécificité grenobloise aux violences urbaines ?
Sebastian Roché.- Non, je ne crois pas. Ce que nous avons vu le week-end dernier est un phénomène classique de violence collective de rue. Le schéma est bien connu depuis quelques années : une opération de la police peut déclencher une émeute dans beaucoup de quartiers français. En 2000, à Sochaux Montbéliard, dans le quartier de la Petite Hollande, le même scénario s’était produit : les forces de l’ordre venaient arrêter un jeune braqueur ; des jeunes de la cité s’étaient solidarisés du délinquant et avaient retourné le quartier.
N.O.- A Grenoble on a été frappé par les armes et les tirs à balles réelles contre les policiers.
S. Roché.- Depuis 2005, et les émeutes de Clichy-sous-Bois, on sait que cela est possible. Encore une fois, ce n’est pas spécifique à Grenoble. Ça se passe ici, mais cela peut arriver partout. C’est comme une recette qui évolue au fil du temps, avec l’ajout progressif d’ingrédients : de la ségrégation spatiale, des difficultés sociales, des clivages ethniques, de la tension, de l’hostilité envers la police. La seule spécificité grenobloise est que ses quartiers pauvres sont au Sud ! En général c’est l’inverse. La Villeneuve, le quartier touché par ces événements, est assez emblématique de cette histoire : au départ, ces immenses immeubles qui courent sur des centaines de mètres étaient issus d’une conception urbanistique assez sophistiquée. Il s’agissait de brasser des populations, de créer des circulations entre elles. Des cadres s’y étaient même installés au début. C’était les années 1970, l’époque du « sublime ouvrier », pas du sous-prolétariat d’origine étrangère. Tout cela a été anéanti par la transformation des rapports sociaux.
N.O.- On a néanmoins l’impression d’une succession de faits divers particulièrement violents et gratuits ces derniers mois dans la cité iséroise.
S. Roché.- Là encore je crois que c’est un hasard statistique. Il y a grosso modo en France 900 homicides par an, ce qui fait trois par jour. Il n’est pas anormal que certains soient commis à Grenoble. Pareil pour les agressions violentes. Ce qui a marqué les esprits c’est le caractère gratuit de ces actes. Mais il n’y a pas d’explication grenobloise à cette violence.
N.O.- On parle de banditisme local. Le jeune homme tué par la police venait de braquer un casino.
S. Roché. – Il est vrai que le climat est partout à l’augmentation des trafics, notamment de drogue. Mais on ne peut pas ici, me semble-t-il, parler de « grand banditisme ». Pendant deux ans, on a certes assisté à une série de règlements de compte entre deux bandes de l’agglomération, celle de la Villeneuve contre celle de Fontaine. Au total, une dizaine de personnes ont été assassinées sur fond de rivalité sur le marché de la drogue. Ce qui est vrai c’est que la ségrégation spatiale et sociale fabrique, ici comme ailleurs, des caïdats. Certains jeunes ont de véritables parcours dans la délinquance. Ils commencent par traîner sur les parkings à onze ans pour finir braqueur à 20 ans. C’est une minorité, bien sûr, mais qui appartient à un quartier. On assiste alors à une double solidarité : une solidarité à l’intérieur de la bande criminelle et une solidarité plus vaste, anti-police. Les banlieues sont des bons endroits pour se replier pour les criminels.
Propos recueillis par Isabelle Monnin

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