Zones prioritaires: oui, mais pour quoi faire et comment ? [ 08/06/2012 ]

[ 08/06/2012 ]

Le ministre de l’Intérieur a annoncé des zones prioritaires. C’est une nécessité d’allouer d’identifier les lieux où l’on a le plus besoin de l’intervention de la puissance publique, et d’y concentrer des ressources. Cette annonce s’inscrit dans la tradition française de la « géographie prioritaire ». Elle n’a d’ailleurs rien à voir avec les « hot spots » (ou points chauds) tels qu’on les nomme aux Etats-Unis, qui sont des tous petits périmètres de quelques pâtés d’immeubles sur lesquels le chef de police local décide de concentrer ses moyens après analyse spatiale des problèmes. En effet, s’il ne s’agissait pour les directeurs départementaux de la police que de renforcer les patrouilles dans certaines parties chaudes de certains quartiers, ils n’auraient pas besoin que le ministre leur demande de le faire pour que cela devienne réalité. Les chefs de police connaissent leurs territoires et aussi leurs moyens. L’annonce du ministre ne contient pas d’élément de doctrine policière (se focaliser sur les lieux chauds), mais plutôt l’identification de lieux qui ont des problèmes, ces lieux étant des communes tout entières, qui pourraient ensuite bénéficier de ressources supplémentaires ou de modalités d’organisation de la réponse à la délinquance supplémentaire. Il s’agit de définir des cadres géographiques dans lesquels on va réorganiser l’action publique (et pas simplement l’action de la police).

Oui, il faudra bien des moyens supplémentaires dans les zones prioritaires. Et, comme il n’y en aura pas beaucoup en plus du fait des contraintes budgétaires, il va bien falloir changer des choses, arbitrer entre services et entre territoires. Mais la réorganisation ne peut pas seulement être celle des moyens.

Cette géographie prioritaire est indispensable. Cependant, elle ne peut pas corriger les dysfonctionnements structurels du système administratif français. Ce système est par sa nature national pour ce qui concerne la police. On sait depuis des dizaines d’années que les ressources policières sont mal distribuées géographiquement et temporellement. On sait les problèmes d’instabilité géographique des cadres de la police et aussi de concentration des jeunes agents les moins expérimentés en Ile de France dans les lieux les plus durs. Et ce ne sont que deux exemples. On sait aussi, dans ce système administratif que le préfet a autorité sur les policiers et gendarmes, que le département a en charge le social, et le maire a des fonctions de coordinations à travers divers dispositifs. La conséquence de cette situation est simple: il n’y a personne qui soit en position de coordonner la réponse à la délinquance dans ses diverses facettes (répression, interventions préventives et dissuasives). C’est pourquoi tous les mécanismes de partenariat patinent depuis des années.

Le défi est donc de faire fonctionner le partenariat autrement dans le cadre d’une géographie prioritaire raisonnable (si on met trop de communes sous le label prioritaire, alors les moyens nouveaux ou la ré-allocation des moyens seront dilués). Comment réussir sans revoir l’équilibre entre prévention et répression à l’intérieur de ce partenariat sans revoir la mécanique institutionnelle. Cela ne me paraît pas possible. Et c’est ce défi qui attend M. Valls et son administration rapprochée.

Les formes du partenariat convenues sont celle réalisée par le Préfet de département. On peut introduire des variantes, mais elles seront modeste. On retombe sur le modèles des conférences départementales de sécurité, préfet, colonel de gendarmerie, DDSP et procureur de la république. Au plan opérationnel on retombe sur la coordination inter services types GIR tels que lancés par M. Vaillant ministre de l’Intérieur en 2000 et popularisés par son successeur. Elles ne sont pas suffisantes pour construire une stratégie locale intégrée. On l’a vu en grandeur réelle. La sécurité des biens et des personnes ne se limite pas à une question de police – justice, tant s’en faut. Certes le débat a été polarisée sur la réponse aux délits. Il a même été déformé par cette polarisation, il faut maintenant la dépasser et se centrer ce qui permet d’éviter les délits.

Le partenariat a été une chose utile depuis son invention et sa généralisation en 1982, soit il y a trente ans. Mais il a touché ses limites. Il faut maintenant allumer le deuxième étage de la fusée pour aller plus loin. Cela passe par une refonte limitée mais réelle de la gouvernance locale de la sécurité. Il faut un attelage préfet-maire sur un pied d’égalité qui seul permettra l’intégration prévention – répression.

Enfin, faut-il rappeler que le moteur dus succès n’est pas le cadre prioritaire, ni même les moyens réaffectés. C’est d’une part le mécanisme local qui va permettre une mise en oeuvre, nous l’avons dit, et, d’autre part, la stratégie déployée. Faire plus, mais comme avant ? Cela ne me convainc guère. Ce qu’on attend maintenant c’est la stratégie de prévention et de sécurité qui va être déployée dans les zones prioritaires, la stratégie politique pour la déployer et la stratégie opérationnelle au niveau local. Quelle stratégie nouvelle permettrait de mieux faire ? Elle passe, selon moi, par une orientation vers la « résolution de problèmes ». Cela signifie une analyse localisée des problèmes de manière interdisciplinaire et inter agences, partenariale donc, et la mise au point de modèles d’action et d’évaluation qui seront également transversaux. Simple sur le papier. Un casse tête sur le terrain.

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