Pourquoi des jeunes brûlent des voitures le 14 juillet ? (interview)

Interview: Sebastian Roché est sociologue, spécialisé en criminologie et dans les questions de délinquance. Il explique pourquoi, chaque 14 juillet, en marge des célébrations, des personnes, le plus souvent des jeunes adultes, brûlent des voitures.

Publié dans Paris Normandie, le 7/07/2015. Propos recueillis par E. K.

Chaque année des échauffourées ont lieu en France en marge des festivités du 14 juillet. Dans la nuit de lundi à mardi, des groupes d’individus s’en sont pris à des policiers et des gendarmes, ont incendié des véhicules dans l’Eure et en région parisienne… Interview.

Pourquoi des groupes d’individus brûlent-ils des voitures ou s’attaquent-ils aux forces de l’ordre lors des festivités du 14 juillet ou lors de la nuit de la Saint-Sylvestre?

Sébastian Roché : «Ces dégradations ou ces attaques envers les forces de l’ordre lors de ces événements sont une particularité française que vous ne retrouvez pas dans d’autres pays. Ce sont des actes de délinquance : il y a une volonté de leur part de conflit et de destruction, alors que ces célébrations devraient être le symbole de l’unité nationale. C’est difficile d’aller beaucoup plus loin dans l’analyse de ces mouvements, car leurs auteurs n’expriment pas de revendications précises. Il ne s’agit pas d’un mouvement politique ni d’une manifestation, mais ces personnes veulent exprimer une rage et une colère, alors elles s’en prennent à des événements symboliques».

Pourquoi policiers et gendarmes sont-ils leurs cibles?

Sébastian Roché : «C’est symbolique. En s’attaquant aux policiers, ils visent les dépositaires de la force de l’Etat. Leur cible est le plus souvent des policiers, car ils veulent régler leurs comptes, ou se venger d’un contrôle d’identité ou tout autre chose qui se serait mal passé ».

Ces groupes sont exclusivement issus des banlieues et des minorités ethniques?

Sébastian Roché : «C’est un mélange : il s’agit de personnes appartenant souvent à des minorités ethniques, qui se trouvent en bas de l’échelle sociale et qui viennent des quartiers. Dans ces regroupements mixtes, vous avez des personnes jeunes totalement inexpérimentées dans ce genre d’actes et d’autres plus anciennes qui ont déjà un long palmarès… Elles sont en général bien intégrées dans la société de consommation qu’elles partagent, mais ont développé un important ressentiment vis-à-vis de l’identité française. On peut déterminer une tranche d’âge entre 16 et 25 ans».

Chaque année, les services de l’Etat se refusent à communiquer les chiffres de ces dégradations de peur d’un effet de surenchère d’une ville à une autre…

Sébastian Roché : «Ils ne savent pas s’il y a un effet de contagion ou pas puisqu’il n’y pas eu d’études ou de demandes pour comprendre ce phénomène ; les autorités préfèrent fermer les yeux. Il s’agit là d’une légende policière, car ils n’ont pas d’autres explications à fournir».

Les autorités publiques veulent souvent régler ces conflits par la force. N’y-a-t-il pas d’autres solutions?

Sébastian Roché : «Dans l’immédiat, c’est mieux d’avoir des effectifs policiers ou de gendarmerie sur le terrain pour épargner les voitures incendiées, que de ne rien faire. Mais ça reste un problème de société, et il faut donc s’attaquer à ses causes».

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