Anniversaire. Comment peut-on interpréter les émeutes de juillet 2010 à Grenoble ?

« Les politiques ne veulent pas regarder les problèmes en face »

Interview pour le Dauphiné Libéré, jeudi 6 juillet 2015

Propos recueillis par Fabrice MARGAILLAN

TROIS QUESTIONS À…

=> Comment peut-on interpréter ce phénomène d’émeutes qui ont éclaté en juillet 2010 à Grenoble ?

«Ce que je note, c’est qu’il y a eu une forme de mobilisation et de solidarité contre la police. C’est évident en France, mais on ne voit ça dans aucun autre pays européen. Même si l’on considère qu’une partie des émeutiers avait déjà un passé judiciaire, les délinquants, dans les autres pays, ne font pas ça. En 2013, nous avons lancé une enquête à Grenoble sur 7 000 jeunes issus de minorités ethniques ou pas, et nous avons noté une différence très importante de la perception de la police selon que les jeunes étaient issus de la majorité ou d’une minorité ethnique. La perception de la police est très majoritairement négative chez les jeunes issus de minorités. Ils nourrissent un sentiment d’injustice.

Ce constat peut être d’une banalité terrible, mais il n’y a pas de prise de conscience politique de ce problème. Les jeunes issus de minorités se reconnaissent dans un territoire, dans un groupe social, dans une ethnie, beaucoup plus que les autres. Il n’y a aucune volonté politique pour que ça change. Il y a une absence de reconnaissance de ce problème tant par le politique que par la police.»

=> D’où vient cette perception négative ?

«En partie du fait que ça se passe souvent mal lors des rencontres, des contacts entre policiers et jeunes de ces quartiers. Souvent parce que ces rencontres sont liées à des contrôles de police qui sont mal vécus et qui se passent mal, notamment du fait que les conditions de vie dans les quartiers sont difficiles et que les gens n’ont plus confiance dans le politique. Ils ont le sentiment d’être baladés. Les quartiers pauvres aujourd’hui à Grenoble sont sensiblement les mêmes que dans les années 70. Les contrôles se passent mal aussi parce que ces jeunes sont d’une certaine manière en recherche de revanche et peuvent être agressifs. En France, on pratique énormément les contrôles d’identité et ils sont très ciblés sur les minorités. Les autres pays européens ne fonctionnent pas comme ça. Les politiques avaient l’occasion de faire évoluer les choses, mais ils ne l’ont pas fait…»

=> En clair, rien n’a changé en 5 ans ?

«Non. Déjà, la solution serait une prise de conscience politique de ce problème. Mais les politiques ne veulent pas le regarder en face. Des études existent, mais les pouvoirs publics ne veulent ni les regarder ni s’en servir. On a eu en 2005 les plus importantes émeutes d’Europe. Il n’y a eu aucune commission d’enquête parlementaire pour essayer de comprendre. En 2010, il y a eu les émeutes de Grenoble et là encore, rien. S’il n’y a pas un leader pour analyser le problème et prendre des décisions, il n’y a pas de solutions possibles.»

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