Emeutes de 2005 : l’incroyable mutisme du ministère de l’Intérieur

La France a connu les plus extraordinaires émeutes d’Europe en 2005 : un embrasement national, les points de départ sont les actions des policiers, course poursuite d’une part, puis tir d’une grenade lacrymogène à proximité d’un lieu de culte, le tout agrémenté d’une communication maladroite – et inexacte – sur la réalité des faits.

Dans les mois qui suivent les émeutes, le gouvernement met un couvercle sur la marmite, Nicolas Sarkozy, ministre de l’Intérieur, se verrait bien à la Présidence, et il faut dire que ça fait un peu tâche : la plus grande explosion des quartiers pauvres de l’histoire contemporaine alors qu’on devait mettre les banlieues au pas.

Contrairement aux démocraties traversées par des clivages économiques et ethniques marqués, la France a été incapable de faire un bilan officiel et n’a ni mandaté de commission d’enquête ni confié le rapport à une personnalité morale. Au contraire, les Etats-Unis dans les années soixante, la Grande Bretagne depuis les années quatre vingt ont eu le courage de faire un diagnostic pour alerter sur « la division raciale » et le « racisme institutionnel », ce sont les termes des rapports officiels commandés par les gouvernements non pas à de dangereux illuminés mais des personnalités fortes capables de conduire un tel travail.

La politique de l’autruche n’est pas une politique. Une explication conjoncturelle serait trop optimiste. Aujourd’hui, dix ans après, le ministre de l’Intérieur n’a rien à dire. C’était le cas début 2006, je me souviens qu’après avoir été invité par des Directeurs départementaux de la police pour débattre, toutes ces réunions ont été annulées par le cabinet du ministre ! Pas de débriefing. Réfléchir est mauvais pour la police, sans doute. Aujourd’hui, M. Cazeneuve fait savoir le même message au journal Le Monde.

Il paraît difficile de faire progresser une société s’il n’est pas possible d’amener au débat les responsables gouvernementaux. Comment un ministre peut-il n’avoir rien à dire sur un événement aussi emblématique des relations police – population et police – minorité ? Il faut sans doute convenir, à regrets, que les positions de M. Sarkozy n’étaient que l’annonce d’une nouvelle aire qui se poursuit aujourd’hui.

L’anniversaire n’est-il pas au contraire l’occasion, dix ans après, de renouveler les messages politiques et de penser à une doctrine nouvelle pour la police ? Est-ce que le lien police minorité n’est pas, dans un autre contexte marqué par le terrorisme, toujours aussi essentiel ? Ou bien est-ce qu’on a réglé tous les problèmes ? je ne crois pas : dans les différentes enquêtes internationales que j’ai réalisées ou consultées sur la confiance et la légitimité de la police, la France est à la traîne, loin derrière nombre de démocraties d’Europe occidentales, en particulier l’Allemagne ou les pays nordiques. Entre les quartiers aisés et pauvres des grandes villes, il y a un gouffre en matière de confiance pour la police. Ne rien dire ne suffira pas à arranger les choses.

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