Sarkozy et la sécurité ou pourquoi l’insignifiant bruissement résonne comme le canon

L’ancien ministre de l’Intérieur et l’ancien Président Sarkozy a annoncé le 2 novembre ses propositions choc pour la sécurité après avoir reconstitué un groupe sur le sujet composé d’anciens responsables de la police, la gendarmerie et du cabinet d’anciens ministres, ou d’anciens ministres dont le défenseur des Auvergnats, mais pas trop nombreux.

Avec tous ces anciens, il ne fallait pas s’attendre à du nouveau. En effet, n’ayant porté aucune réforme novatrice pendant tant d’années, les voir accoucher de quelque chose maintenant aurait surpris. Mais nous sommes rassurés. Ouf, rien à dire !

Sur la crise de l’autorité de l’Etat, le mieux est de renvoyer l’ex ministre, ex Président à son bilan : que ne l’a-t-il restaurée pendant qu’il était aux manettes ? Que n’a-t-il endigué la montée des attentes aux personnes qui n’a cessé durant ses mandats, malgré des prisons plus pleines. Pareillement en matière d’organisation du ministère : que n’a-t-il réuni les douanes, la police, la pénitentiaire et la gendarmerie à ce moment à ! On se demande à quoi il aurait servi de développer la police pénitentiaire hors de la police, si c’est finalement pour la réintégrer, mais c’est un détail.

Le patron de l’ex UMP a estimé qu’ « Il faut concentrer le travail de la police et de la gendarmerie sur l’ordre public, le renseignement, l’investigation. Et la libérer de toutes les tâches secondaires ou périphériques ». J’ai un peu de mal à voir comment une erreur aussi grossière a pu être validée par les experts de Les Républicains. La première fonction, historique, de la police et celle qui est attendue correspond à la tranquillité des citoyens, la sécurité publique. Quid de l’aide et de la prise en charge des victimes ? Ce sont les choses les plus attendues, et estimées par les électeurs et les usagers avoir la plus grande valeur. On sent la patte des experts de la PJ (la police judiciaire) qui travaille isolée des citoyens, et de la PP (la préfecture de Paris), elle aussi séparée des électeurs et travaillant sous l’autorité du Préfet de Paris et personne d’autre. Une vision venue du passé donne un vision du passé pour le futur. J’ajoute, que la mission de la police est également de permettre la liberté d’opinion, de rassemblement et d’expression.

Grand défenseur d’une police et une gendarmerie aux agents plus nombreux et mieux payés lors de son premier passage à l’Intérieur, Sarkozy Président avait pris les orientations inverses : moins c’est mieux, et la privatisation voilà la solution. Plus un peu de police municipale, étant donné que ce n’est pas l’Etat qui paie, c’est la bonne voie. La mise en œuvre correspond au franchizing, comme pour le McDo : vous avez le droit de faire le job si vous vous en tenez au cahier des charges, et de mettre le logo sécurité ou police sur vos voitures et bâtiments. Ainsi soit-il sur les autoroutes : « Je souhaite que les concessionnaires d’autoroutes aient la charge de la sécurité. Je ne vois pas pourquoi cela doit être exclusivement un motard de la gendarmerie ou de la police qui doit faire les contrôles de vitesse ». Avec une délégation de service public, c’est le nom du franchizing dans le secteur public, on peut y aller.

Remettre la police dans les quartiers sensibles, c’était un objectif énoncé dans le rapport Peyrefitte en … 1977. La gauche l’a fait, en 1997, Sarkozy a accéléré le démantèlement, en 2002, il en rêve aujourd’hui à nouveau. Il faudra m’expliquer comment quelque chose qu’il a jugé mauvais et non réalisable budgétairement lorsqu’on avait plus de marge s’est muté en son contraire. Mais ne faisons pas la fine bouche. Cela reste une idée intéressante, qui mérite d’être remise sur le tapis, reformulée. On ne sera pas surpris que d’après RTL « Selon un autre proche de l’ancien chef de l’État, les deux principaux collaborateurs de Nicolas Sarkozy, Frédéric Péchenard, (…), et Michel Gaudin, (…) ne croient pas à la faisabilité d’une « vigie » policière dans « les quartiers les plus difficiles ». Ah quand on vient de la PJ et la PP, le local proche des gens, ça n’est pas la priorité.

Mais alors, pourquoi tant d’intérêt de la presse pour si peu et si vieux ? L’explication est simple : la gauche vit dans le « désert des propositions », un espace de vide. Etre contre ce que propose Sarkozy n’équivaut pas à avoir des idées. Elle s’est cantonnée dans une approche gestionnaire des relations avec les syndicats, de neutralisation des zones de conflits qui se traduit pas une absente totale d’innovation pour ce qui concerne la sécurité du quotidien. A part les effets d’annonce ZSP, et la focalisation sur le renseignement – qui a sa logique mais navigue à mille lieues de la délinquance ordinaire – c’est en effet le désert. Aucune grande ligne de réforme en vue, pas de perspective. Ainsi, n’y a pas de croissance, et donc pas de surcroit de revenus, mais on n’envisage pas de réfléchir à la possibilité de changer le business model. Ainsi, il y a une demande aiguë de service dans les quartiers populaires mais rien n’est prévu. Ainsi, il y a un déficit de légitimité mais pourquoi s’en préoccuper ?

Ceci ne vous rappelle rien ? Après la victoire de 2007 de Chirac, la gauche tétanisée par sa défaite n’osait plus avancer quoique ce soit sur le domaine de la sécurité. Terrorisée par les trois idées du Sarkozy de l’époque. Remake ?

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